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Hé oui! Nouveau semestre = nouveaux thèmes, nouveaux livres… et qui dit Gibert Jeune/Joseph, dit aussi achats autres qui auraient très bien pu attendre encore des années…

Bref!

Achats du 01/02 :

Philosophique :

  1. Eléments de la loi naturelle et politique (trad.Weber) – Thomas Hobbes
  2. Les passions de l’âme – Descartes
  3. La physique (trad.Stevens) – Aristote
  4. Principes de la philosophie, première partie et Lettre préface (trad. Picot) – Descartes
  5. Correspondances avec Elizabeth et autres lettres – Descartes

Et autres :)

  1. La fortune des Rougon – Zola (tu vois Solveig? Je me lance, ca y est!)
  2. Au bonheur des ogres – Pennac
  3. Sherlock Holmes, les intégrales tome 1 (ed. Bouquins) – Conan Doyle :)

Je crois que mon étagère conteste..

Allez, j’en profite pour vous donner la liste des livres que j’emprunte :

  1. Les essais – Montaigne
  2. Mineure – Queffélec (lu)
  3. La reine solitaire – Hobb (en cours)
  4. Le chameau sauvage – Jaenada
  5. L’éveil à soi – Nishida Kitaro
  6. Neige de printemps – Mishima Yukio

 

Résumé :

Sibylle a treize ans moins deux mois. Elle joue au tennis, à des jumelles pour copines et a ses parents au seuil du divorce. D’ailleurs, elle ne s’entend pas avec son père, ni avec son petit ami. Elle danse aussi, elle fera très bien le petit cygne blanc plus tard, et surtout, elle aime Michel. Enfin, c’est ce qu’elle prétend.

Michel, lui a cinquante-cinq ans, bien trop marié à son goût avec sa femme Claire qu’il aime mais qu’il ne désire plus. Il a un heureux travail qui lui permet de voyager et de goûter des heures de jet lag qui cachent ses instants de débauche.

C’est le récit de l’homme face au désir, face à la tentation qui lui brûle les doigts, et les yeux. Et qui l’entraîne en enfer.

Mon avis :

  • C’est le second roman de Queffélec que je lis. La découverte s’était faite avec Les noces barbares, fulgurante et attachante. Et je ne peux pas cacher ma grande déception. Je m’attendais à quelque chose de plus brut, de plus concret, de plus palpable. Non pas que j’attendais des scènes crues, mais sinon un texte plus matériel. Voir autant de “poétique” ne m’aurait pas plus gênée si ça s’était déjà trouvé dans son roman précédent. Il y en avait, mais teinté de folie! Rien de tout ça ici : ça balance entre la chair et la raison, avec des passements de jambes fulgurants. Mais j’ai trouvé l’air trop aérien, trop abstrait, trop insaisissable. Je ne me suis attachée finalement à aucun des personnages (à peine si j’ai trouvé les jumelles adorables avec toutes les métaphores de grenouilles) : je pense que la non-longueur du roman y joue (142 pages en grosse typographie). Pas le temps de sentir le personnage de Sibylle : il n’y a que des faits, ou des allusions, mais on ne connait pas ses sentiments. Un amour, en plus qualifié de “depuis toujours” n’aurait-il donc pas pu transgresser la narration? Et Michel? C’est lui qui mène le dialogue avec nous, mais justement, le trop aérien vient de lui. Il penche, il coule, mais on ne sait jamais vraiment de quel côté. Vers la moitié du livre, on voit apparaître des lettres (écrites dans un cahier pour combattre la tentation) : mais est-ce vraiment crédible? A quoi sert ce changement d’écriture à Queffélec?
  • Certes, le livre est court, et il se lit très vite (1 heure). Peut-être que sa lecture prépare à l’univers de Nabokov pour Lolita, mais bon. Pour les bons points, on peut relever des phrases marrantes, des comparaisons inattendues et un franc parler par toujours désagréable. On peut aussi y pêcher le prétexte de réfléchir sur la responsabilité que doit garder “l’adulte” coûte que coûte malgré l’animalité perverse d’une jeune enfant. Pourquoi pourrait-elle se laisser aller à être humaine (donc pouvoir laisser parler toute son animalité), alors que l’adulte doit se forcer à s’approcher de l’ange de la rationalité? Mais sinon, je ne vois pas, ou n’ai pas voulu voir. Bref, lecture assez décevante, surtout si elle survient après Les noces barbares.. C’est dommage, je m’attendais vraiment à passer un bon moment.

Petits sourires

Me croirez-vous si je vous dis qu’à mon retour d’Australie j’avais oublié Sibylle? Il faut croire les gens qui mentent, de peur qu’ils ne fassent plus confiance à personne. Ils ne mentent pas, d’ailleurs, adeptes qu’ils sont d’une vérité supérieure aux mots qui les trahissent, eux-mêmes ne trahissent que des mots. (p.59)

 

C’est ainsi qu’après m’être perdu un moment, d’une venelle sans lumière à l’autre, titubant d’épuisement, prêt à m’endormir au milieu des chats qui balançaient au ras du sol leurs yeux luisants, j’ai failli buter sur une apparition au détour d’une voie pavée. Le choc. Comment dire ça? Je n’ai rien fait de moins que surprendre en train d’uriner le cygne le plus appétissant que la mythologie se soit permis d’enfanter. Nichée dans un écrin de plumes frissonnantes, les yeux fardés comme un totem, le front surmonté d’une aigrette en accroche-coeur et son slip de Blanche Neige aux chevilles, une jeune fille accroupie sur les pavés me regardait ou regardait vers moi, consternée, et par-devant ses blancs chaussons allaient s’élargissant une mare foncée. (p.72)

In the mood for Japan 1/6

Résumé :

Née en 1892, Kinu Yamaguchi, ou Suzumi de son nom de scène a 88 ans en 1980 lors de la première publication de ce roman. Le narrateur qui semble être l’auteur elle-même, Inoue Yuki, rencontre Kinu à l’occasion d’une visite à Yukimaru, une des geishas les plus populaires dans la région de Kaga. Yukimaru est la fierté de Kinu, qui a participé à sa formation de danseuse talentueuse.

Mais avant d’en arriver à sa situation, patronne d’une okiya (maison de geisha), Kinu est passé par moultes périodes, qui ont contribués à former son fort caractère, sa politesse, son humilité et ses croyances. Inoue nous rapporte fidèlement le récit de cette vie qui parait aujourd’hui presque impossible. Ces multiples facettes du Japon et de ses coutumes retracent le chemin dans l’histoire de ces femmes que l’on nomme si facilement des geishas.

Avis :

  • Je pense avoir été favorisée dans cette lecture par ma connaissance du japonais, pour ce qui est des prénoms, des noms de tissus, les descriptions des fêtes japonaises, les lieux etc. De plus, j’ai retrouvé dans ce récit la touche typique du Japon, touche difficile à décrire. Cette mentalité du devoir, de l’obligation mais aussi de l’humilité, du respect hiérarchique, l’importance de l’apparence me sont familières, et je peux également plus facilement m’identifier à Kinu lorsqu’elle s’étonne de la hardiesse de la jeune génération de geisha. Les premières pages ont été laborieuses, et moi qui m’attendait à rentrer directement dans le vif du sujet (la vie de Kinu), je me suis un peu perdue dans les passages décrivant le pont, les allées etc. Mais là encore, c’est un trait japonais que d’amortir son entrée avant de parler vraiment du sujet. Avec certains passages, il me semble que l’on sent l’écran de la traduction : quelques phrases peuvent sonner bizarrement, mais ayant l’expérience de traduction japonais-français, je peux tout à fait comprendre la difficulté de la chose. Certains passages ont des expressions typiquement japonaises. Outre ce fait, il subsiste encore quelques fautes de syntaxes, mais je daigne considérer que la traduction en 1980 n’était pas aussi facile et technique qu’aujourd’hui. En tout cas, Kinu vers la fin me faisait penser à ma grand-mère aujourd’hui décédée.
  • Le livre est divisé en trois parties : future geisha, geisha et patronne d’une maison de geishas. La dernière est celle qui m’a le moins plu, car je trouve qu’on y décrit plus le système et l’évolution de ce monde des arts plus que les sentiments de Kinu. Cette héroïne est dite têtue et à fort caractère dans les débuts, et pourtant, de nos yeux occidentaux, elle ne nous parait pas si farouche (sauf le passage où elle décide de s’enfuir). On y voit ici encore la différence de génération et de conception des moeurs, mais je pense que le fait que la vie de Kinu nous soit rapportée par une autre personne fausse les choses. Certes, cela donne de la distance, et certaines choses peuvent être plus facilement racontées (et beaucoup de passages rappellent la forme de l’interview), mais de cette manière, nous avons moins accès aux sentiments réelles de Kinu. J’ai trouvé ça dommage, mais le récit reste bien mené et passionnant. Un grand plus est apporté par les nombreuses photos qui rythment le récit, et nous ancre encore plus dans le concret.
  • J’ai trouvé ce livre intéressant dans la mesure où dans le monde moderne, les geishas sont trop facilement comparées à des prostituées et, bien que de la manière crue dont sont rapportés les faits il reste indéniable que les geishas ont des rapports sexuels, ce récit prend d’une certaine manière la défense de ce métier. Geisha signifie au départ “personne d’arts”, et toutes les descriptions sur la rude éducation des geishas nous montre qu’il y a quand même un écart avec le monde des prostituées. Bien sûr, d’un point de vue strict, la frontière reste mince, mais Inoue montre bien qu’avec les nouveaux décrets, les geishas ne sont plus dans la nécessité de vendre leurs corps, et qu’au contraire, elles sont payées pour leur connaissance artistique. Etant petite, je chérissais le rêve de devenir geisha un jour (la perspective d’être une femme dans toutes les nuances de la politesse et d’humilité, de classe et d’excellence dans les arts m’attirais), j’ai toujours raffolé de livres racontant cette expérience. On peut bien sûr penser à “Geisha” d’Arthur Golden, génial avec tout le romantisme etc, mais je lui préfère “Mémoires d’une geisha” de Inoue qui est effectivement plus réaliste et qui retrace avec justesse une vie réelle de geisha (avec en prime toutes les colorations du temps!). J’ai entendu quelque part qu’il ne restait plus qu’une ou deux okiyas au Japon, concentré dans Kyoto, l’ancienne capitale, et bien que beaucoup de femmes paradent dans les rues, fardées et en kimono somptueux, ne vous y trompez pas, très peu d’entre elles sont de réelles geishas.
  • Bref, ce fut une excellente lecture (bouclée en deux jours pimentés de partiels de philosophie générale et de sociologie) et je tiens à remercier Bouille pour ce gentil livre voyageur qui aura eu le plaisir de respirer l’air surpolué parisien ;) yeaiy

Petits extraits :

Aussitôt commença une vie à deux avec Teru, une domestique d’un peu plus de cinquante ans, qu’elle avait trouvée par l’intermédiaire de sa soeur. Avant d’arriver dans cette maison, Teru travaillait comme bonne chez un commerçant qui devait être bien sévère pour exiger de son employée des manières aussi polies.

En effet, dès que Teru riait, elle mettait la main devant la bouche. Quand elle mangeait, elle ne faisait jamais de bruit, même pour un soba (nouilles de sarrasin). Pas le moindre petit bruit, aussi discret fût-il. Mais ce qui déconcertait le plus Kinu était sa façon de parler : elle ajoutait inévitablement un terme honorifique au début des mots.

Teru disait par exemple : “Comme il pleut ce matin, mon honorable maîtresse devrait prendre un honorable pousse-pousse sinon l’honorable froid va geler vos honorables pieds.”

[...] De même pour sa manière de marcher. En dépit de son poids, plus de soixante kilos, Teru arrivait derrière Kinu sans se faire remarquer. Elle semblait glisser doucement sur le sol, d’une démarche presque aérienne. Sa façon de monter avec discrétion l’escalier paraissait si curieuse que Kinu se demandait parfois à quoi pouvait bien jouer sa domestique. Un jour, elle lui fit part de son étonnement, lui demandant la raison d’un tel comportement.

“C’est parce que j’ai toujours eu peur de déranger, madame”, expliqua Teru.

De ce jour, Kinu éprouva de l’affection pour Teru qui lui rappelait sa mère Mine [...] (p.204)

Bilan 2010

Accablant résultat que je dois dénoncer ici : aucun challenge complètement réussi, et seulement 45 livres lus cette année (dont 4 suspendus et 2 encore en cours). Seule étoile dans mon palmarès : 106 films vus en un an.

Heureusement, pour ce qui est des découvertes, j’en ai fais pas mal ;)

  • L’histoire de Pi (qu’Alex me conseillait déjà quand j’avais 13 ans) de Martel m’a impressionné.
  • La jeune fille à la perle de Chevalier aussi m’a bluffé. J’en avais entendu parlé, mais ça ne me disait rien, depuis 10 ans.. Alors pour compenser, je me suis acheté quelques bouquins en anglais du même auteur.
  • Le film sur Sherlock Holmes m’a motivé également pour redécouvrir toutes les histoires du fameux détective, et j’ai été ravie :)
  • Découverte de ma propre culture, avec Banana Yoshimoto. Le challenge In the mood for Japan va m’encourager sur ce chemin je pense.
  • Aïe aïe aïe, Assassin Royal, je n’en décroche plus (et la perfide qui nous met le cycle des Aventuriers de la Mer en plein milieu du cycle d’AR!)
  • La trilogie de Pancol m’a bercé quelques semaines, et bien que je me paraissais stupide à mes propres yeux, je me suis achetée d’occaz presque tous les autres livres de Pancol.
  • Pennac aussi, s’est révélé à moi :D
  • En vrac, Queffélec, Woolf, Austen (en profondeur), les Brontë (en relecture merveilleuse)…

Côté ciné, pleins de films m’ont marqués, mais je risque au final de citer plus de la moitié de ceux que j’ai vu… en priorité ca donnerait :

  • Bright Star, qui m’a donné envie de découvrir John Keats, et l’affiche était très jolie…
  • Avatar, qui m’a rappelé un eu Star Wars mon film culte.
  • Bliss, Gigantic, avec des acteurs fabuleux que je suis fidèlement.
  • Agora, qui m’a remué existenciellement.
  • Mr Nobody, Education, The good Heart, Dragons, Robin des bois, Prince of Persia, le Royaume de Ga’Hoole que je voudrais avoir en DVD au chaud, et à porté de main.
  • Good Morning England et Sherlock Holmes, que j’ai acheté pour pouvoir me le revoir dès que j’en ai envie.

Année 2011, je m’engage à 150 films, 75 livres, plus de rêves, plus de joies, plus de respect! Très bonne année à vous!

Prix des lecteurs du Livre de Poche en 2005

Lecture commune proposé par Révélation sur Livraddict

Résumé :

Lumière, la seconde des trois filles d’une famille nouvellement noble n’est pas une petite enfant comme les autres. Proclamée garçon avant sa naissance, elle défiera la Chine entière de cette erreur de la nature.

Bien qu’étant une fille, elle se hissera par sa sincérité et par sa forte volonté au plus haut rang de la Cité Interdite. De simple roturière (donc sans aucun statut), elle deviendra une Talentueuse, une concubine de l’Empereur. Passant également par un temple bouddhique, elle “renaîtra” dans ce monde comme lavée de tous vices antérieurs et deviendra Impératrice Divine et enfin la première femme Empereur de Chine vers l’an 700.

Avis :

  • Juste après la lecture de ce roman, j’ai filé sur Wikipédia pour faire des recherches sur cette femme Empereur qui bouleversa toutes les traditions de l’époque, et j’ai été surprise de voir que en majorité, cette Empereur est souvent dépeinte comme étant une usurpatrice. Les historiens laissent même planer le doute sur la mort de son mari, l’Empereur Gaozong. Shan Sa a gardé les noms des dynasties et nous a laissé les indications temporelles, ce qui nous permet d’identifier Lumière comme étant Wu Zetian qui régna sous le nom d’Empereur Shengshen. C’est effectivement la seule impératrice qui fonda sa propre dynastie (les Zhou). Contrairement à toute cette tradition qui la malmène, l’auteur en fait d’elle une héroïne forte et courageuse. Shan Sa met en avant son humanité (comme par exemple lorsqu’elle décide de créer l’urne de vérité qui devait accueillir les paroles du peuple adressées à l’Empereur ou quand elle se rend compte qu’un Empereur, parqué dans sa belle Cité Interdite sans commerce avec le monde extérieur, n’est pas capable de comprendre la souffrance de son peuple et donc pas capable de décider des meilleurs lois). L’auteur n’ignore toutefois pas la légende négative qu’a son héroïne : on peut lire p.438 (ed. Albin Michel 2003) “[...] j’étais devenue le symbole de perversion féminine. Les Annales contaient que j’avais étranglé ma fille pour imputer le crime à l’Impératrice Wang. Les historiens misogynes m’accusaient d’avoir empoisonné mon fils aîné Splendeur qui contestait mon autorité. Les romanciers m’inventaient une vie de débauchée en m’attribuant leurs fantasmes. Avec le temps, les vérités devenaient incertaines et les mensonges prirent racine.”. Au fil de la lecture, on arrive à cerner de plus en plus cette existence farouche que représente la belle Wu. Le récit nous semble lointain et exotique, car les rites et les titres de noblesse, la description des vêtements et des bijoux nous semble loin de nous. Mais à force de philosophie et de poésie, je n’étais fait une image positive de cette forte femme. D’où ma surprise quand j’ai lu comment la peignait les historiens. Les romans nous portent parfois plus loin que la réalité, et la transforme, la torde. Plus qu’une volonté de mettre Wu dans une moule d’héroïne, je pense plutôt que Shan Sa a voulu lui redonner un peu de noblesse et nous faire le portrait de ce que peut être une vraie femme (rappelons que Shan Sa a vécu le massacre de Tian An Men, ce qui explique peut-être le trait de fer que l’on dénote souvent chez ses personnages féminins).
  • J’avais adoré “La joueuse de Go” qui m’avait beaucoup ému, mais je ne peux pas dire que ce fut exactement le cas pour “Impératrice“. A la façon de MeL, j’aime les héroïnes fortes et volontaires, qui défient leur destinée et qui s’obstinent sans stupidité. Et on ne peut pas dire que Lumière soit stupide. Mais avec la progression de son caractère, je l’ai un peu perdue vers la fin, quand elle n’est plus si forte. Je la préfère battante, comme elle est décrite enfant, avant de devenir concubine, ou dans ses débuts d’Impératrice. Mais la fin, je ne veux pas m’y identifier. C’est trop triste comme fin, pour un si grand personnage! (fin qui respecte, à quelques évènements près, l’ordre de l’Histoire). Et le côté trop exotique aussi m’a refroidi plutôt que de me convaincre. L’an 700 parait lointain mais en même temps proche de nous, et les changements de noms des personnages et des lieux m’ont égarés. Le nombre des conspirateurs a eu une conséquence négative sur mon attention. Vers la fin, je devais revenir à des pages en arrière pour me re-souvenir qui était Pensée, ou telle concubine. (Dis donc, si je me perds avec rien que ça, les romans Russes vont être un réel défi!)
  • Je remarque également que Shan Sa porte systématiquement son choix de héros sur des personnages féminins, très souvent à fort caractère, et encore plus souvent confrontée à un monde à dominance masculine. On ne peut que se demander si cette auteur encourage les pensées féministes contre un monde encore trop misogyne à son goût.
  • Bref, j’applaudis l’apport historique et le travail de recherche qu’à dû fournir l’auteur pour un tel roman relatant l’existence d’un individu historiquement exceptionnel. La poésie était très asiatique (un sens esthétique différent de l’Occident, qui se sent aux termes utilisés et au rythmes des vers), mais la fausse tentative d’introduire des passages philosophiques m’a agacé plutôt que de me charmer. Et contrairement à la réelle Impératrice, j’aurai voulu une femme déterminée jusqu’au bout, mais on ne peut refaire l’Histoire!

Extraits?

On m’attendait. J’entendais murmurer que le garçon serait appelé Lumière. Le bruissement des préparatifs m’empêchait de méditer. On parlait de vêtements, de couches, de fêtes, de nourrices, grasses, blanches, fortes. On interdisait de prononcer mon nom, de peur que les démons ne s’emparent de mon âme. On m’attendait pour commencer là où leurs destins s’étaient arrêtés. J’avais pitié de ces êtres fervents, affables, avides. Ils ne savaient pas encore que j’allais détruire leur monde afin de construire le mien. Ils ne savaient pas que j’allais apporter la délivrance par les flammes, par la glace. (p.10)

 

Madame, vous me faites rire. Vous qui êtes une fervente lectrice des Saintes Écritures, vous qui avez récité le sûtra dès l’enfance auprès de notre vénérable Mère, vous n’avez pas encore compris que la loi de l’impermanence est en toutes choses, que le coeur de l’homme, plus vulnérable qu’une perle de verre, est habité par l’inconstance? (p.194)


En juillet découvrons Eric-Emmanuel Schmitt chez Pimprenelle

Résumé et avis :

L’auteur nous livre ici 5 nouvelles tournant autour du thème de l’imagination. Pas neuf, me direz-vous. Et pourtant c’est avec délicatesse et parfois par des coups d’accélérateur que Schmitt plaide pour ce pouvoir qui n’est pas encore dument exploité (il devrait donc approuver le film Inception qui sortira bientôt en salle).

  • La rêveuse d’Ostende : Un homme sortant d’une rupture sentimentale fuit la monotonie du quotidien en Belgique, au bord de mer. Il est accueilli par une mystérieuse logeuse, qu’il qualifie par ses mots : “Certaines femme sont des trappes où l’on tombe. Parfois, de ces pièges, on ne veut plus sortir. Emma Van A. m’y tient.” Emma lui livrera un secret, qu’il peinera à croire. Mensonge ou imagination d’une folle?

Cette nouvelle, qui lance le ton de l’œuvre a amortit mon appréhension du format “nouvelle”. Assez longue, elle nous livre des personnages, peints en quelques mots et quelques peu caricaturales, mais efficacement. L’auteur prend même le temps à des digressions sexuelles et des retour en arrière. Certains passages étaient osés, et ca a même réussi à m’embarrasser dans le métro quand on lisait ces lignes par dessus mon épaule. Le genre d’imagination romancée décrite ici est peut-être celui qui nous est le plus connu : le plus doux mais amer à la fois, il nous installe dans le ressouvenir.

  • Crime parfait : Gabrielle et Gabriel de Sarlat forment un couple heureux, qui dure. Rien ne peut les séparer, rien, sauf une imagination débridée soufflée par des propos accidentels.

Déjà plus mordant, le début nous entraine dans la chute (quel jeu de mots) et l’on en remonte à la cause. L’imagination appelée ici est teintée de négatif, mais chaque femme jalouse n’en saura rien y faire. La nouvelle est bien menée mais le dénouement est peut-être un peu trop arrangé..

  • La guérison : Stéphanie, entre 20 et 30 ans, est infirmière de jour à la Salpêtrière à Paris. N’ayant ni réussi en famille, ni en amour, elle se réfugie dans le travail bien fait, et la pensée consolante d’être utile dans la vie. Tout bascule le jour où elle se retrouve à soigner Karl qui lui susurre tous les jours que “C’est une chance d’être soigné par une jolie femme”.

Mouais, Stéphanie en femme se trouvant laide est bien exploitée mais ce fut un peu fatiguant à la longue. Heureusement la nouvelle n’est pas longue, mais l’auteur remet ca, avec la romance. La fin me parait niaise. Le dernier vœu de Karl, trop cinématographique.. mais certes, beaucoup de femmes se reconnaitront en Stéphanie-l’infirmière, ce qui est encore plus dommage. Les dernières lignes auraient même pu ne pas être écrites, mais disons qu’elles sont dues à l’amour du travail bien fait. (Pardon Pardon de critiquer autant, alors que je l’aime autant!!) Et le titre porte à confusion. Mais bon, on n’aurait peut-être pas pu dégoté mieux?

  • Les mauvaises lectures : Maurice Plisson, professeur d’histoire de classe préparatoire, ne lit pas de romans. Mon dieu, des romans? Du gâchis de papier, des sacrifices de forêts pour le bien de vieilles femmes seules et sans imagination! Cet été, il se retrouve en Ardèche, avec sa cousine Sylvie, et nous verrons qu’il avait peut-être bien raison de fuir les romans!

J’ai bien aimé le coté suspens de celle-là. Petit policier de quelques pages, avec comme coupable l’imaginaire! le personnage de Maurice est assez détaillé. Antipathique sans allé jusqu’à la désapprobation du lecteur, on suit avec lui les appels des “mauvaises lectures”. Le dénouement est presque burlesque.

  • La femme au bouquet : Eric travaille pour une maison d’édition allemande, et au cours de ses nombreux voyages vers la gare de Zurich, il se rend compte de la présence d’une vieille dame, assise sagement, un bouquet de fleurs fraiches entre les mains, regardant avec sérieux le quai. Bien qu’il ne l’avait pas remarqué avant, cette dame est présente depuis au moins 15 ans, même lieu, même heure. Qui est-elle? Qui attend-elle?

C’est peut-être celle que j’ai la moins aimé, peut-être en raison du peu de détail sur les personnages.. Pas de réponse à nos questions avides, elle ne m’a pas spécialement fait rêvé.. A noter quand même que le narrateur se prénomme Eric. :)

Bref, je ne suis pas fan des nouvelles, je les trouve toujours trop courtes et pas assez développées. Mais pour l’entreprise de Schmitt ici, je conviens que c’était surement la meilleure des forme à choisir. On voit clairement l’implication de l’imagination, même si, parce que trop familière, elle ne saute pas aux yeux. Et un récit plus long aurait fait décliné la place centrale que prend l’imagination ici. Schmitt, malgré tout son art, n’a pas réussi à éloigner ma non-sympathie, mais parce que c’est lui, je m’essayerai bien à d’autres recueils de nouvelles de lui (“Odette tout le monde” par exemple?). En gros, j’ai quand même bien aimé!

Si vous n’avez jamais lu de Schmitt, je vous conseille surtout ses romans “Lorsque j’étais une œuvre d’art” et “La part de l’autre” que j’ai dévoré et adoré. Je compte les relire pour en refaire une critique ici.

Grignotages :

- Ostende, c’est parfait pour un chagrin d’amour…

-N’est-ce pas? Vous pensez que je vais guérir ici?

Elle me fixa en fronçant les sourcils.

-Guérir, vous comptez guérir?

-Cicatriser, oui.

-Estimez-vous que vous allez y arriver?

[...]

-Monsieur, je repense à vos paroles, à l’instant, lorsque vous estimiez que vous allez cicatriser. Ne vous fourvoyez pas sur ma réaction : c’était de l’approbation. Je le souhaite. J’en serais même très contente.

-Merci madame Van A., moi aussi j’en serais content.

-Parce que si vous vous en remettez, c’est que, de toute façon, ça n’en valait pas la peine.

J’en demeurai bouche bée.

Elle me scruta intensément puis déclara d’un ton péremptoire :

-D’un amour essentiel, on ne se remet pas.

Alors qu’elle ne faisait rien, elle ne paraissait pas inoccupée. Des sentiments variés traversaient ses prunelles, des idées tendaient puis détendaient son front, ses lèvres retenaient mille discours qui voulaient s’échapper. Débordée par une riche vie intérieure, Emma Van A. se partageait entre les pages d’un roman ouvert sur ses genoux et les afflux de songes qui l’envahissaient dès qu’elle relevait la tête vers la baie. j’avais l’impression qu’il y avait deux navires qui cheminaient, séparés, le navire de ses pensées et le navire du livre ; de temps en temps, lorsqu’elle baissait les paupières, leurs sillages se mêlaient un moment, mariant leurs vagues, puis son navire à elle continuait sa route. Elle lisait dans le but de ne pas dériver seule, elle lisait non pour remplir un vide spirituel mais pour accompagner une créativité trop puissante. De la littérature comme une saignée afin d’éviter la fièvre…

Une fois qu’on a attribuer une destination à la marche, rien de plus désagréable que ce moyen de locomotion. Alors qu’une flânerie sans but se révèle un plaisir, tout déplacement paraît interminable.

9/14 du Challenge Livraddict

Résumé :

Je vous mets la 4e de couv’, cette fois non pas par lassitude ni par facilité mais plutôt par honnêteté. Ces quelques lignes m’ont vraiment données envie de lire ce bouquin.

“Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors?”

Depuis quatre mois, cette phrase accompagne des cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu : trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon…

Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent : un maniaque, un joueur.

Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de mauvais augure. Il le sait, il le sent : bientôt, de l’anodin saugrenu, on passera au tragique.

Il n’a pas tort. Un matin, c’est le cadavre d’une femme égorgée que l’on trouve au milieu d’un de ces cercles bleus.

Mon avis?

  • Le caractère d’Adamsberg se mélange un peu à celle de Pastor de Pennac : leur espèce de douceur, de langueur, les tactiques du travail etc.. Mais, malgré ma mémoire douteuse, je me souviens parfaitement avoir apprécié ce personnage. Dans sa distance, on aperçoit plus les évènements qui arrivent, et les passages plus privés nous consolent de ce manque de détail. Moi qui ne connaissait qu’Hercule Poirot comme héros policier, je n’ai pas été déçue par ce changement de perspectives.
  • L’enquête est bien menée, et le meurtrier est bien trouvé. Mais la fin, toute surprenante soit-elle, je n’ai pas réussi à être tout à fait satisfaite. Peut-être que j’en attendais trop. Ou en tout cas, je souhaitais surement quelque chose de plus phénoménal. Je mentirai si je disais que je n’aimais pas les fins “internes” (tous les personnages trouvent leur place, et les motifs sont déjà présents avant le dénouement final) mais je n’ai pas été saisie. A croire que le flegme du commissaire finit par déteindre pour l’affaire toute entière.
  • Mais! ne crachons pas dans la soupe, j’ai passé du bon temps à lire ce livre (mon premier Vargas). Petite remarque en passant, j’ai été étonnée de savoir que Fred était un femme.. Pourquoi s’en étonner?

Morceaux choisis :

Il entendait dire que les hommes étaient des salauds, que dès qu’ils avaient couchés avec une femme ils la jaugeaient, mais les femmes c’était pire, elles refusaient de coucher avec vous si ça ne leur convenait pas exactement. Comme ça, non seulement on est évalué et pesé, mais en plus on n’a couché avec personne. C’est triste.

Rien ne lui ôtait plus l’usage de la pensée que de voir dix personnes en train de réfléchir. Il lui fallait que le commissariat en finisse avec sa fièvre, fièvre tierce sans doute, et il fallait que plus personne n’attende rien de lui pour qu’Adamsberg puisse suspendre ses propres idées. Et pour l’instant, l’effervescence du commissariat les avait fait détaler comme des soldats apeurés au plus dur du combat. Adamsberg avait sienne l’évidence que faute de combattant les combats s’arrêtent, si bien que fautes d’idées il s’arrêtait de travailler et de s’essayait plus de les déloger des fissures où elles avaient pu se recroqueviller, ce qui s’était toujours révéler vain.

Tout le monde se mit à hocher de la tête, on ne sait pas pourquoi. Il y a des moments comme ça où tout le monde hoche la tête.

Une logique sotte est le démon des esprits faibles.

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