15. Les noces barbares de Queffélec

3/26 du Challenge ABC

Résumé :

Ludovic, appelé parfois Lidiot est un enfant malheureux. Fait presque inconscient au départ, il ne connait pas sa mère. Oh, il vit bien avec elle, et avec ses grands-parents boulangers (les Blanchard), et il lui arrive de la croiser de temps à autre, mais dans son grenier, ca n’est pas la joie. Alors qu’il mémorise spontanément quelques phrases entendues deci-delà, grapillées, il comprend que les autres le considère comme différent. Il a « le singe », parait-il. C’est dans ce contexte de grande sensibilité, qu’à travers divers évènements, il commence à entreprendre sa relation avec sa mère, qu’il aime malgré tout.

Alors que Nicole, 14 ans, se noyait dans l’amour de jeunesse, elle est victime d’un viol organisé qui la traumatisera profondément. Ludo, enfant né de ce crime, ne peut que se trimbaler avec toute la haine de cette famille dont les rêves de réputations ont été brisés, même malgré le mariage de Nicole avec Micho Bossard.

Mon avis :

  • Avec la popularité assez récente de ce livre (il y a quelques mois), je ne m’attendais pas à tomber sur un prix Goncourt 1985 (ma naissance!). J’ai été impressionné par l’écriture, qui variait entre l’accent bordelais – sud et les intonations enfantines (de longs passages en italique), et qui nous amenait brut-de-pomme à l’émotion. Dès les premières pages, on déboule dans l’histoire, et on est vite cerné par la trame. L’incroyable scène de violence (lue 30 secondes avant d’aller se coucher, c’était hard) est si réaliste, que l’on aurait souhaité moins de détails, moins d’attardement sur la chose. Et pourtant, c’est la seule chose à laquelle il faut se raccrocher pour s’expliquer ensuite la relation de cette trop jeune femme avec son fils, Ludo, qui nous parait à nous lecteurs, un bambin sympathique.
  • Bien évidemment, il faut aussi se rappeler que l’histoire ne se passe pas de nos jours, mais vers 1958 (année de lancement de Malabar) et même un peu plus tôt. Mais plusieurs choses interpellent. La notion de responsabilité (qui aurait pu être un peu plus développé) et d’honneur (chez les parents de Nicole par exemple), l’utilisation des asiles à cette époque, l’importance de Dieu aussi. Et on peut aussi décortiquer le livre avec des yeux Freudiens pour expliquer toutes les hallucinations et les comportements de Ludo.
  • La fin (comme assez souvent ces derniers temps) ne m’a pas convaincue. Trop rapide dans son énonciation, on se doute bien que la situation ne peut pas rester figée éternellement comme elle commençait à l’être, mais une sortie plus élaborée, avec la même fin, aurait peut-être été plus satisfaisante.
  • Bref, ce livre me marquera, comme l’autre versant de « Vipère au poing » : Je l’ai dévoré en 2 jours malgré mes épreuves.

Dégustations :

Il traversa la boutique à l’aveuglette, entre le comptoir et les rayons vides où restait de la veille une miche trop cuite, identifia la sonnette familière en franchissant la porte et fut dehors, vacillant dans le vertige d’un après-midi somnolent où flottaient des bruits mous. Alors l’air lui manqua, la douleur disparut, Ludo tendit les mains, terrassé, vers cette vision reconnue d’instinct, la mer sous le soleil, sans un arbre en vue, la mer foisonnante et nue par-dessus les toits du port, immense et tenant toute entre l’horizon et lui comme un regard dans un éclat d’un miroir brisé » (la première sortie du grenier de Ludo)

Ils avaient fait leur journée. Ils avaient lancé des volants, ratissé les allées, coupé du carton, dessiné des étrangers, rendu grâce au ciel, écouté la petite musique de nuit […] Ils avaient tout avalé : Mozart, les pingouins, la purée du dîner, les cachets blanc du sommeil, les coups de sifflet, les milliers d’instants qu’il faut passer pour ne rien vivre et de pas qu’il faut sacrifier pour aller nulle part, ils allaient s’endormir ignorants du sommeil. Ludo les vit alors se tourner vers lui, le doigt sur les lèvres, et lui faire « chuuut » avec solennité. Il répondit par un cri sans fin.

Publicités

Une réflexion sur “15. Les noces barbares de Queffélec

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s