16. Une vie de Maupassant

Résumé :

Je ne peux pas mieux résumer que ne l’a fait Wikipédia.

« Jeanne, fille du baron Simon-Jacques et de la baronne Adélaïde, est une jeune aristocrate qui, pour ses dix-sept ans, quitte le couvent pour commencer une vraie «vie». Elle s’en va donc de chez elle avec son père et sa mère qui lui lèguent un château pour y vivre avec son prochain mari, qu’elle rencontrera d’ailleurs dans les quelques jours suivants sa sortie du couvent, Julien De Lamare, qui (elle le découvrira après leur mariage) est un véritable avare et égoïste. Il trompera Jeanne avec sa domestique Rosalie, puis avec une voisine du nom de Gilberte de Fourville. Jeanne accouche de son premier enfant, Paul, qui va connaître de graves problèmes de santé. Son deuxième enfant sera mort-né, le jour même où M. de Fourville va tuer Julien et Gilberte. Paul guérit et part en pension à 15 ans au collège du Havres, où il suivra des études jugées minables aux yeux de toute sa famille. Jeanne se retrouve ainsi seule après la mort du baron, de la baronne et de sa tante Lison. »

Juste pour préciser, les études de Paul, dit Poulet, ne sont pas juger misérables pour leur contenu mais plutôt pour ce que cela fait éloigner Poulet de ce cercle fermé de la famille.

Mon avis :

  • Je pensais l’avoir déjà lu par le passé (vers 15ans, quand je dévorais tous les Balzac), mais celui là a du se perdre dans la foule. Je conseille l’édition de 1983 qui contient la préface de Henri Mitterand, absolument précieuse pour comprendre les influences Flauberienne du roman, et en quoi Une vie diffère totalement des romans de Balzac ou de l’ère Bovary. Étude intéressante, on se rend compte que, comme le dit Henri Mitterand, Madame Bovary ou autres romans du géant Balzac se concentre sur un personnage piteux, qui, au cours des évènements, tend à grandir et à se développer pour finalement atteindre un certain épanouissement, ou en tout cas une sortie plus ou moins envisageable de la condition horrible de vie. Ici, nous assistons au contraire à l’enterrement de tout espoir. Alors que Jeanne, de ses fraiches années, sortant enfin du couvent dans lequel elle était prisonnière, est pleine d’optimisme, de rêve et de chaleur, nous ne pouvons que constater la ligne de vie qu’elle suit, qui la mène irrémédiablement au malheur et au désespoir. Triste spectacle, mais divinement écrit. Car, s’opposant là aussi à ses prédécesseurs, il évite les longues descriptions pour à la place investir dans du récit. Et les quelques lignes pour installer un décor ou un personnage se résume en quelques lignes fugaces, bien placés.
  • J’en connais plus d’une qui n’apprécieront pas les traits de Jeanne, faible héroïne sans défense, qui se laisse malmener par la vie qu’elle s’est choisie, sans un geste fort de contestation. Tout ce que je ne voudrais pas être. On ne peut pas dire qu’on s’y attache, on a parfois (très régulièrement) envie de la rabrouer et de lui mettre quelques baffes bien placées, mais l’écriture nous enrobe dans une désagréable compassion pour cette jeune femme à la vie pourrie. Presque comme si, malgré nous, nous nous laissions prendre par le récit, pour suivre d’un œil plein d’une pitié condescendante, le dénouement de cette histoire sans lumière.
  • Le personnage de Julien (mais qu’a-t-on avec les Julien dans ce sacré 19e?) est me semble-t-il fascinant. Quel tableau il offre des hommes de cette époque! Il est en totale contradiction avec le baron de Perthuis des Vauds (seconde mère-poule de Poulet, tout en faiblesse), père de Jeanne ou avec Mr. de Fourville (mari fidèle et foudroyé de folie par la jalousie suscité par l’idylle de Julien et de Gilberte, l’image de l’homme un peu sauvage, mais vivant, mouvant, fibrant). Il fait très légèrement penser à Valmont des Liaisons dangereuses, certes plus flasque et moins fringuant (et l’on ne peut pas dire de Valmont qu’il est « indifférent » par rapport aux évènements car il en prend tout un plaisir alors que Julien, lui, est presque dans l’inconscience des douleurs qu’il inflige à Jeanne), mais tout aussi cruel et froid. J’aurai aimé le voir plus creusé, mais cette insuffisance dénote bien l’intention de l’auteur de centrer sa narration sur la personne de Jeanne, uniquement.
  • Le titre également, peut surprendre. Une vie de quoi? De désespoir. Comme le dit si bien la préface, plutôt que d’être le récit d’une vie qui se déroulerait, nous avons là plutôt l’histoire de ce qui n’est pas une vie. On ne cesse d’assister au déballage des rêves avortés de Jeanne, et de sa famille. Maupassant ou comment gâcher sa vie en 10 leçons.

Quelques pépites :

Jeanne ayant fini ses malles, s’approcha de la fenêtre, mais la pluie de cessait pas. L’averse, toute la nuit, avait sonné contre les carreaux et les toits. Le ciel bas et chargé d’eau semblait crevé, se vidant sur la terre, la délayant en bouillie, la fondant comme du sucre. (Les toutes premières lignes)

L’air devenait plus frais. Vers l’orient, l’horizon pâlissait. Un coq chanta dans la ferme de droite ; d’autres répondirent dans la ferme de gauche. Leurs voix enrouées semblaient venir de très loin à travers la cloison des poulaillers ; et dans l’immense voûte du ciel, blanchie insensiblement, les étoiles disparaissaient. Un petit cri d’oiseau s’éveilla quelque part. Des gazouillements, timides d’abord, sortirent des feuilles ; puis ils s’enhardirent, devinrent vibrants, joyeux, gagnant de branche en branche, d’arbre en arbre. Jeanne soudain se sentit dans une clarté ; et, levant la tête qu’elle avait cachée en ses mains, elle ferma les yeux, éblouie par le resplendissement de l’aurore. Une montagne de nuages empourprés, cachés en partie derrière une grande allée de peuples, jetait des lueurs de sang sur la terre réveillée. Et lentement, crevant les nuées éclatantes, criblant de feu les arbres, les plaines, l’océan, tout l’horizon, l’immense globe flamboyant parut.

Le dîner fut long ; on ne parla guère. Julien semblait avoir oublié sa femme. Au salon, ensuite, elle se laissa engourdir par le feu, en face de petite mère qui dormait tout à fait ; et, un moment réveillée par la voix des deux hommes qui discutaient, elle se demanda, en essayant de secouer son esprit, si elle allait aussi être saisie par cette léthargie morne des habitudes que rien n’interrompt.

En certains jours cependant Jeanne se reprenait à rêver. Elle s’arrêtait doucement de travailler, et, les mains molles, le regard éteint, elle refaisait un de ses romans de petite fille, partie en des aventures charmantes. mais soudain, la voix de Julien qui donnait un ordre au père Simon l’arrachait à ce bercement de songerie ; et elle reprenait son patient ouvrage en se disant : « C’est fini, tout ça  » ; et une larme tombait sur ses doigts qui poussaient l’aiguille.

On allait la clouer dans une caisse et l’enfouir, et ce serait fini. On ne la verrait plus. Était-ce possible? Comment? elle n’aurait plus sa mère? Cette chère figure si familière, vue dès qu’on a ouvert les yeux, aimée dès qu’on a ouvert les bras, ce grand déversoir d’affection, cet être unique, la mère, plus important pour le cœur que tout le reste des êtres, était disparu.

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