18. Le charme des après-midi sans fin de Dany Laferrière

Lecture commune avec Blogoclub

Résumé :

Vieux Os, un été de son adolescence en Haïti à Petit-Goâve. Il vit avec sa grand-mère Da, tranquillement, entouré de ses amis, de ses voisins, de filles qu’il guette, d’animaux qu’il observe, de rêves ou de cauchemars qui le hantent. Je vous livre la quatrième de couverture : « Le Charme des après-midi sans fin, sans doute le livre de Dany Laferrière le plus autobiographique, nous conte une jeunesse haïtienne en une succession de brefs tableaux sur le cours des jours à Petit-Goâve. Manifeste d’amour adressé par l’auteur à Da, sa grand-mère qui l’a élevé, mais aussi, sur fond de crise politique haïtienne, roman initiatique de l’adolescence, ce livre nous émeut par sa tendresse et sa justesse. »

Mon avis?

  • Plutôt que de l’émotion sentimentaliste, ce livre m’a plongé dans une espèce d’ambiance bizarre, mêlée de tranquillité, de lourde chaleur, un parfum doux-amer.
  • Partagé en trois parties (Les préparatifs, les journées turbulentes, le départ), la première nous expose les personnes principaux, comme des minis-portraits. Au bout de quelques encas, on commence à trouver un début d’action, comme un fil qu’on attrape naturellement, bercé par le rythme des promenades et des rencontres de Vieux Os (nom étrange pour un personnage principal, je n’ai pas trouvé d’explication à cela dans le récit). La seconde nous emmène dans l’aspect tactique et politique qu’a Petit-Goâve pour Port-au-Prince, et nous montre en même temps quelques aspects du tempérament Haïtien. Et la dernière partie est une certaine manière de clore les confidences que nous a fait l’auteur. Dommage qu’elle ne soit pas aussi longue que les précédentes, je la trouve un chouïa précipitée.
  • L’emploi du présent est là pour nous cajoler, les éléments passés se laissent racontés naturellement, sans que l’auteur ait besoin de les débusquer. D’ailleurs certains restent cachés, et ca n’est pas faciliter la lecture, mais au moins, le rythme n’est jamais perdu.
  • J’ai beaucoup apprécié cette lecture, très agréable, et assez solitaire. Je ne connaissais pas cet auteur, je retenterai l’expérience! La jeunesse du personnage principal, sa manière de nous faire voir sa vie, sa ville, son peuple, était dépaysant
  • On ne comprend juste pas, à la fin, pourquoi, alors qu’il aimait tant sa grand-mère et sa ville, il n’y est pas revenu plus tôt!
  • En tout cas, merci à Sylire et son blogoclub grâce à qui j’ai découvert le sentiment doux que m’a procuré cette lecture. Je vous la conseille seul, en pleine chaleur d’été, en pleine campagne! Je pense lire un jour un autre de ses romans, L’odeur du café (1991) qui a reçu le prix Carbet de la Caraïbe.. pour voir : )

Collation!

Nous les gars, il nous faut tout un rituel avant la bagarre. Cela début généralement par une insulte assez précise impliquant la mère ou la sœur de l’autre. Ensuite, nous traçons une ligne de démarcation (rappelant la frontière de deux pays voisins s’apprêtant à entrer en guerre) que les adversaires ne peuvent franchir sous peine de représailles. Entre-temps, quelqu’un parmi la petite foule qui accompagne toujours les belligérants doit s’assurer qu’il n’y a aucun adulte, surtout aucun professeur, dans les parages. Après toutes ses précautions, un type de la foule ramasse une poignée de poussière puis se place au milieu des combattants. A un moment donné, l’un donne une chiquenaude à la main du type au milieu et, du même coup, lance la poussière au visage de son adversaire. ce n’est qu’à ce moment que la bagarre peut commencer. Il est interdit de se servir de ses pieds ou de ses dents sous peine de se faire traiter de fillette. C’est un rituel qui remonte à l’époque coloniale, selon le notaire Loné […]

L’école, ça va encore pour moi. la question c’est : pourquoi faut-il que je quitte mon lit? Pourquoi n’utilise-t-on pas le sommeil pour apprendre les choses? Nous pourrions nous réveiller le matin en sachant sur le bout des doigts le fameux chapitre de grammaire sur la concordance des temps. Non, je retire ce que je viens de dire. Je ne veux pas que l’on touche à mon sommeil. C’est mon bien le plus précieux. Mon dernier refuge. Personne n’a le droit de pénétrer dans mes rêves. Tiens, pourquoi le professeur ne vient-il pas nous faire la classe dans notre chambre? Le docteur vient bien nous voir à la maison. Pourquoi le professeur ne le fait-il pas? Da va me lancer : « Espèce de flanc mou (c’est son insulte favorite), tu inventeras n’importe quoi pour rester au lit. » On n’a qu’à essayer mon idée, juste pour voir. Même Frantz deviendrait un génie si on lui garantissait qu’il peut rester au lit […]

Humilier son prochain est un sport national, mon garçon.

Le notaire pose ses marges mains tranquillement sur sa poitrine, et s’endort à l’instant. Je le regarde attentivement. Une mouche vole autour de sa tête. Elle se pose sur son nez, s’envole vers le plafond pour revenir tout de suite sur la bouche du notaire. Madame Hermione traverse calmement la salle pour aller fermer la porte d’entrée, laissant filtrer un mince rayon de soleil. Tout se fait au ralenti à partir de maintenant. on chuchote. C’est l’heure de la sieste […]

Je voudrais avoir des dents dans mes oreilles pour pouvoir mastiquer calmement ce qu’elle dit.

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8 réflexions sur “18. Le charme des après-midi sans fin de Dany Laferrière

  1. Je vois que ton billet est déjà en ligne !
    Ravie que tu aies aimé cette lecture, surtout pour une première participation au blogoclub.

  2. Oui, c’est vrai que « Vieux Os » est étrange comme nom…j’ai pensé qu’il y avait sûrement un rapport avec Da, sa grand-mère, pour qui l’adolescent est le « bâton de vieillesse », pour ses « vieux os » donc. C’est l’explication que je me suis donnée en tout cas.

    Pour moi aussi ce fut une découverte, et j’avoue que j’ai également hâte de découvrir d’autres livres de cet auteur.

  3. « On ne comprend juste pas, à la fin, pourquoi, alors qu’il aimait tant sa grand-mère et sa ville, il n’y est pas revenu plus tôt! » : j’ai trouvé cette fin précipitée…

  4. Je suis d’accord : c’est un roman à lire cet été, à l’ombre bienveillante d’un vieil arbre ! Moi aussi, je vais enchaîner avec « L’odeur du café ».

  5. Je crois qu’il explique dans un autre de ses livres pourquoi il n’a pas pu rejoindre Haïti plus tôt (pour des raisons politiques). J’ai passé un très bon moment avec cette lecture également.

  6. « Je vous la conseille seul, en pleine chaleur d’été, en pleine campagne » => eh, c’est pour moi alors ?!

    Un livre que j’avais déjà vu à la bibli, mais j’avais oublié le titre et l’auteur (et j’ai pas toujours mon carnet sur moi), ça me fait plaisir de le retrouver ici ! Et donc, à emprunter pour moi. (j’aime particulièrement le dernier extrait)

    (et je t’ai envoyé des messages sur fb, il y a quelque temps maintenant, je ne sais pas si tu les as vus ou pas)

  7. avant de vous faire part de mon opinion ,j’aimerais vous dire que je suis moi aussi un enfant de campagne.Pour vous dire que ce livre m’a mis dans un etat de contentement et de nostalgie.ce livre me parle de mon enfance en quelque sorte……

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