22. La rêveuse d’Ostende de Schmitt

En juillet découvrons Eric-Emmanuel Schmitt chez Pimprenelle

Résumé et avis :

L’auteur nous livre ici 5 nouvelles tournant autour du thème de l’imagination. Pas neuf, me direz-vous. Et pourtant c’est avec délicatesse et parfois par des coups d’accélérateur que Schmitt plaide pour ce pouvoir qui n’est pas encore dument exploité (il devrait donc approuver le film Inception qui sortira bientôt en salle).

  • La rêveuse d’Ostende : Un homme sortant d’une rupture sentimentale fuit la monotonie du quotidien en Belgique, au bord de mer. Il est accueilli par une mystérieuse logeuse, qu’il qualifie par ses mots : « Certaines femme sont des trappes où l’on tombe. Parfois, de ces pièges, on ne veut plus sortir. Emma Van A. m’y tient. » Emma lui livrera un secret, qu’il peinera à croire. Mensonge ou imagination d’une folle?

Cette nouvelle, qui lance le ton de l’œuvre a amortit mon appréhension du format « nouvelle ». Assez longue, elle nous livre des personnages, peints en quelques mots et quelques peu caricaturales, mais efficacement. L’auteur prend même le temps à des digressions sexuelles et des retour en arrière. Certains passages étaient osés, et ca a même réussi à m’embarrasser dans le métro quand on lisait ces lignes par dessus mon épaule. Le genre d’imagination romancée décrite ici est peut-être celui qui nous est le plus connu : le plus doux mais amer à la fois, il nous installe dans le ressouvenir.

  • Crime parfait : Gabrielle et Gabriel de Sarlat forment un couple heureux, qui dure. Rien ne peut les séparer, rien, sauf une imagination débridée soufflée par des propos accidentels.

Déjà plus mordant, le début nous entraine dans la chute (quel jeu de mots) et l’on en remonte à la cause. L’imagination appelée ici est teintée de négatif, mais chaque femme jalouse n’en saura rien y faire. La nouvelle est bien menée mais le dénouement est peut-être un peu trop arrangé..

  • La guérison : Stéphanie, entre 20 et 30 ans, est infirmière de jour à la Salpêtrière à Paris. N’ayant ni réussi en famille, ni en amour, elle se réfugie dans le travail bien fait, et la pensée consolante d’être utile dans la vie. Tout bascule le jour où elle se retrouve à soigner Karl qui lui susurre tous les jours que « C’est une chance d’être soigné par une jolie femme ».

Mouais, Stéphanie en femme se trouvant laide est bien exploitée mais ce fut un peu fatiguant à la longue. Heureusement la nouvelle n’est pas longue, mais l’auteur remet ca, avec la romance. La fin me parait niaise. Le dernier vœu de Karl, trop cinématographique.. mais certes, beaucoup de femmes se reconnaitront en Stéphanie-l’infirmière, ce qui est encore plus dommage. Les dernières lignes auraient même pu ne pas être écrites, mais disons qu’elles sont dues à l’amour du travail bien fait. (Pardon Pardon de critiquer autant, alors que je l’aime autant!!) Et le titre porte à confusion. Mais bon, on n’aurait peut-être pas pu dégoté mieux?

  • Les mauvaises lectures : Maurice Plisson, professeur d’histoire de classe préparatoire, ne lit pas de romans. Mon dieu, des romans? Du gâchis de papier, des sacrifices de forêts pour le bien de vieilles femmes seules et sans imagination! Cet été, il se retrouve en Ardèche, avec sa cousine Sylvie, et nous verrons qu’il avait peut-être bien raison de fuir les romans!

J’ai bien aimé le coté suspens de celle-là. Petit policier de quelques pages, avec comme coupable l’imaginaire! le personnage de Maurice est assez détaillé. Antipathique sans allé jusqu’à la désapprobation du lecteur, on suit avec lui les appels des « mauvaises lectures ». Le dénouement est presque burlesque.

  • La femme au bouquet : Eric travaille pour une maison d’édition allemande, et au cours de ses nombreux voyages vers la gare de Zurich, il se rend compte de la présence d’une vieille dame, assise sagement, un bouquet de fleurs fraiches entre les mains, regardant avec sérieux le quai. Bien qu’il ne l’avait pas remarqué avant, cette dame est présente depuis au moins 15 ans, même lieu, même heure. Qui est-elle? Qui attend-elle?

C’est peut-être celle que j’ai la moins aimé, peut-être en raison du peu de détail sur les personnages.. Pas de réponse à nos questions avides, elle ne m’a pas spécialement fait rêvé.. A noter quand même que le narrateur se prénomme Eric. :)

Bref, je ne suis pas fan des nouvelles, je les trouve toujours trop courtes et pas assez développées. Mais pour l’entreprise de Schmitt ici, je conviens que c’était surement la meilleure des forme à choisir. On voit clairement l’implication de l’imagination, même si, parce que trop familière, elle ne saute pas aux yeux. Et un récit plus long aurait fait décliné la place centrale que prend l’imagination ici. Schmitt, malgré tout son art, n’a pas réussi à éloigner ma non-sympathie, mais parce que c’est lui, je m’essayerai bien à d’autres recueils de nouvelles de lui (« Odette tout le monde » par exemple?). En gros, j’ai quand même bien aimé!

Si vous n’avez jamais lu de Schmitt, je vous conseille surtout ses romans « Lorsque j’étais une œuvre d’art » et « La part de l’autre » que j’ai dévoré et adoré. Je compte les relire pour en refaire une critique ici.

Grignotages :

– Ostende, c’est parfait pour un chagrin d’amour…

-N’est-ce pas? Vous pensez que je vais guérir ici?

Elle me fixa en fronçant les sourcils.

-Guérir, vous comptez guérir?

-Cicatriser, oui.

-Estimez-vous que vous allez y arriver?

[…]

-Monsieur, je repense à vos paroles, à l’instant, lorsque vous estimiez que vous allez cicatriser. Ne vous fourvoyez pas sur ma réaction : c’était de l’approbation. Je le souhaite. J’en serais même très contente.

-Merci madame Van A., moi aussi j’en serais content.

-Parce que si vous vous en remettez, c’est que, de toute façon, ça n’en valait pas la peine.

J’en demeurai bouche bée.

Elle me scruta intensément puis déclara d’un ton péremptoire :

-D’un amour essentiel, on ne se remet pas.

Alors qu’elle ne faisait rien, elle ne paraissait pas inoccupée. Des sentiments variés traversaient ses prunelles, des idées tendaient puis détendaient son front, ses lèvres retenaient mille discours qui voulaient s’échapper. Débordée par une riche vie intérieure, Emma Van A. se partageait entre les pages d’un roman ouvert sur ses genoux et les afflux de songes qui l’envahissaient dès qu’elle relevait la tête vers la baie. j’avais l’impression qu’il y avait deux navires qui cheminaient, séparés, le navire de ses pensées et le navire du livre ; de temps en temps, lorsqu’elle baissait les paupières, leurs sillages se mêlaient un moment, mariant leurs vagues, puis son navire à elle continuait sa route. Elle lisait dans le but de ne pas dériver seule, elle lisait non pour remplir un vide spirituel mais pour accompagner une créativité trop puissante. De la littérature comme une saignée afin d’éviter la fièvre…

Une fois qu’on a attribuer une destination à la marche, rien de plus désagréable que ce moyen de locomotion. Alors qu’une flânerie sans but se révèle un plaisir, tout déplacement paraît interminable.

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6 réflexions sur “22. La rêveuse d’Ostende de Schmitt

  1. Un recueil que j’avais apprécié mais comme toi, du même auteur je préfère largement Lorsque j’étais une oeuvre d’art et La Part des autres ! Je me souviens très bien des premières nouvelles du recueil que j’avais beaucoup aimées. La guérison m’avait moi aussi semblé un peu niaise… et je ne parviens pas à me souvenir des dernières. J’ai aussi lu le recueil Odette Toulemonde, mais je l’avais trouvé décevant.

  2. Je crois que c’est La part de l’autre pas des autres, je dis ça pour ceux qui chercheraient la référence. Peut-être à lire pas les temps qui courent puisque c’est sur ce qui aurait pû arriver si Hitler avait été reçu aux beaux-arts… En gros.
    J’an ai lu pas mal de Schmitt, que j’apprécie beaucoup dont Celui dont tu parles, et un sur Mozart : Ma vie avec Mozart, accompagné d’un cd, j’ai beaucoup aimé ce concept. Bon là je dois dire que j’ai un peu laché Schmitt. Serait ce une over-dose à force de le voir posé en équilibre entre le dernier Musso etle dernier Levy dans toutes les grandes surfaces. Et l’équilibre me paraît incertain…. J’y reviendrai plus tard peut-être.
    En tout cas je reviendrai ici c’est certain.

  3. Très bons résumés et avis détaillé :-) je viens de lire ce livre et je m’apprête à en parler brièvement sur mon blog… puis-je mettre en lien votre article chez moi ? bonne journée

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