Impératrice – Shan Sa (2003)

Prix des lecteurs du Livre de Poche en 2005

Lecture commune proposé par Révélation sur Livraddict

Résumé :

Lumière, la seconde des trois filles d’une famille nouvellement noble n’est pas une petite enfant comme les autres. Proclamée garçon avant sa naissance, elle défiera la Chine entière de cette erreur de la nature.

Bien qu’étant une fille, elle se hissera par sa sincérité et par sa forte volonté au plus haut rang de la Cité Interdite. De simple roturière (donc sans aucun statut), elle deviendra une Talentueuse, une concubine de l’Empereur. Passant également par un temple bouddhique, elle « renaîtra » dans ce monde comme lavée de tous vices antérieurs et deviendra Impératrice Divine et enfin la première femme Empereur de Chine vers l’an 700.

Avis :

  • Juste après la lecture de ce roman, j’ai filé sur Wikipédia pour faire des recherches sur cette femme Empereur qui bouleversa toutes les traditions de l’époque, et j’ai été surprise de voir que en majorité, cette Empereur est souvent dépeinte comme étant une usurpatrice. Les historiens laissent même planer le doute sur la mort de son mari, l’Empereur Gaozong. Shan Sa a gardé les noms des dynasties et nous a laissé les indications temporelles, ce qui nous permet d’identifier Lumière comme étant Wu Zetian qui régna sous le nom d’Empereur Shengshen. C’est effectivement la seule impératrice qui fonda sa propre dynastie (les Zhou). Contrairement à toute cette tradition qui la malmène, l’auteur en fait d’elle une héroïne forte et courageuse. Shan Sa met en avant son humanité (comme par exemple lorsqu’elle décide de créer l’urne de vérité qui devait accueillir les paroles du peuple adressées à l’Empereur ou quand elle se rend compte qu’un Empereur, parqué dans sa belle Cité Interdite sans commerce avec le monde extérieur, n’est pas capable de comprendre la souffrance de son peuple et donc pas capable de décider des meilleurs lois). L’auteur n’ignore toutefois pas la légende négative qu’a son héroïne : on peut lire p.438 (ed. Albin Michel 2003) « […] j’étais devenue le symbole de perversion féminine. Les Annales contaient que j’avais étranglé ma fille pour imputer le crime à l’Impératrice Wang. Les historiens misogynes m’accusaient d’avoir empoisonné mon fils aîné Splendeur qui contestait mon autorité. Les romanciers m’inventaient une vie de débauchée en m’attribuant leurs fantasmes. Avec le temps, les vérités devenaient incertaines et les mensonges prirent racine. ». Au fil de la lecture, on arrive à cerner de plus en plus cette existence farouche que représente la belle Wu. Le récit nous semble lointain et exotique, car les rites et les titres de noblesse, la description des vêtements et des bijoux nous semble loin de nous. Mais à force de philosophie et de poésie, je n’étais fait une image positive de cette forte femme. D’où ma surprise quand j’ai lu comment la peignait les historiens. Les romans nous portent parfois plus loin que la réalité, et la transforme, la torde. Plus qu’une volonté de mettre Wu dans une moule d’héroïne, je pense plutôt que Shan Sa a voulu lui redonner un peu de noblesse et nous faire le portrait de ce que peut être une vraie femme (rappelons que Shan Sa a vécu le massacre de Tian An Men, ce qui explique peut-être le trait de fer que l’on dénote souvent chez ses personnages féminins).
  • J’avais adoré « La joueuse de Go » qui m’avait beaucoup ému, mais je ne peux pas dire que ce fut exactement le cas pour « Impératrice« . A la façon de MeL, j’aime les héroïnes fortes et volontaires, qui défient leur destinée et qui s’obstinent sans stupidité. Et on ne peut pas dire que Lumière soit stupide. Mais avec la progression de son caractère, je l’ai un peu perdue vers la fin, quand elle n’est plus si forte. Je la préfère battante, comme elle est décrite enfant, avant de devenir concubine, ou dans ses débuts d’Impératrice. Mais la fin, je ne veux pas m’y identifier. C’est trop triste comme fin, pour un si grand personnage! (fin qui respecte, à quelques évènements près, l’ordre de l’Histoire). Et le côté trop exotique aussi m’a refroidi plutôt que de me convaincre. L’an 700 parait lointain mais en même temps proche de nous, et les changements de noms des personnages et des lieux m’ont égarés. Le nombre des conspirateurs a eu une conséquence négative sur mon attention. Vers la fin, je devais revenir à des pages en arrière pour me re-souvenir qui était Pensée, ou telle concubine. (Dis donc, si je me perds avec rien que ça, les romans Russes vont être un réel défi!)
  • Je remarque également que Shan Sa porte systématiquement son choix de héros sur des personnages féminins, très souvent à fort caractère, et encore plus souvent confrontée à un monde à dominance masculine. On ne peut que se demander si cette auteur encourage les pensées féministes contre un monde encore trop misogyne à son goût.
  • Bref, j’applaudis l’apport historique et le travail de recherche qu’à dû fournir l’auteur pour un tel roman relatant l’existence d’un individu historiquement exceptionnel. La poésie était très asiatique (un sens esthétique différent de l’Occident, qui se sent aux termes utilisés et au rythmes des vers), mais la fausse tentative d’introduire des passages philosophiques m’a agacé plutôt que de me charmer. Et contrairement à la réelle Impératrice, j’aurai voulu une femme déterminée jusqu’au bout, mais on ne peut refaire l’Histoire!

Extraits?

On m’attendait. J’entendais murmurer que le garçon serait appelé Lumière. Le bruissement des préparatifs m’empêchait de méditer. On parlait de vêtements, de couches, de fêtes, de nourrices, grasses, blanches, fortes. On interdisait de prononcer mon nom, de peur que les démons ne s’emparent de mon âme. On m’attendait pour commencer là où leurs destins s’étaient arrêtés. J’avais pitié de ces êtres fervents, affables, avides. Ils ne savaient pas encore que j’allais détruire leur monde afin de construire le mien. Ils ne savaient pas que j’allais apporter la délivrance par les flammes, par la glace. (p.10)

 

Madame, vous me faites rire. Vous qui êtes une fervente lectrice des Saintes Écritures, vous qui avez récité le sûtra dès l’enfance auprès de notre vénérable Mère, vous n’avez pas encore compris que la loi de l’impermanence est en toutes choses, que le coeur de l’homme, plus vulnérable qu’une perle de verre, est habité par l’inconstance? (p.194)


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5 réflexions sur “Impératrice – Shan Sa (2003)

  1. J’ai vu ce livre à la médiathèque, il ne me tente pas trop pour le moment. La Joueuse de go, en revanche… est dans ma LAL depuis des années, il faudrait que je songe à l’emprunter !

  2. @MeL: essayez quand même: c’est particulier, c’est très beau même si c’est spécial, parfois un peu froid. Et au-delà du personnage, c’est toute une philosophie qui se dégage de ce roman.

    1. C’est une certaine philosophie certes, mais ca n’est pas un système entier qui se déploie ici… Plutôt que de commencer par « Impératrice », il vaut mieux commencer par « La joueuse de Go » avant pour tester du Shan Sa…

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