Mémoires d’une geisha – Inoue Yuki

In the mood for Japan 1/6

Résumé :

Née en 1892, Kinu Yamaguchi, ou Suzumi de son nom de scène a 88 ans en 1980 lors de la première publication de ce roman. Le narrateur qui semble être l’auteur elle-même, Inoue Yuki, rencontre Kinu à l’occasion d’une visite à Yukimaru, une des geishas les plus populaires dans la région de Kaga. Yukimaru est la fierté de Kinu, qui a participé à sa formation de danseuse talentueuse.

Mais avant d’en arriver à sa situation, patronne d’une okiya (maison de geisha), Kinu est passé par moultes périodes, qui ont contribués à former son fort caractère, sa politesse, son humilité et ses croyances. Inoue nous rapporte fidèlement le récit de cette vie qui parait aujourd’hui presque impossible. Ces multiples facettes du Japon et de ses coutumes retracent le chemin dans l’histoire de ces femmes que l’on nomme si facilement des geishas.

Avis :

  • Je pense avoir été favorisée dans cette lecture par ma connaissance du japonais, pour ce qui est des prénoms, des noms de tissus, les descriptions des fêtes japonaises, les lieux etc. De plus, j’ai retrouvé dans ce récit la touche typique du Japon, touche difficile à décrire. Cette mentalité du devoir, de l’obligation mais aussi de l’humilité, du respect hiérarchique, l’importance de l’apparence me sont familières, et je peux également plus facilement m’identifier à Kinu lorsqu’elle s’étonne de la hardiesse de la jeune génération de geisha. Les premières pages ont été laborieuses, et moi qui m’attendait à rentrer directement dans le vif du sujet (la vie de Kinu), je me suis un peu perdue dans les passages décrivant le pont, les allées etc. Mais là encore, c’est un trait japonais que d’amortir son entrée avant de parler vraiment du sujet. Avec certains passages, il me semble que l’on sent l’écran de la traduction : quelques phrases peuvent sonner bizarrement, mais ayant l’expérience de traduction japonais-français, je peux tout à fait comprendre la difficulté de la chose. Certains passages ont des expressions typiquement japonaises. Outre ce fait, il subsiste encore quelques fautes de syntaxes, mais je daigne considérer que la traduction en 1980 n’était pas aussi facile et technique qu’aujourd’hui. En tout cas, Kinu vers la fin me faisait penser à ma grand-mère aujourd’hui décédée.
  • Le livre est divisé en trois parties : future geisha, geisha et patronne d’une maison de geishas. La dernière est celle qui m’a le moins plu, car je trouve qu’on y décrit plus le système et l’évolution de ce monde des arts plus que les sentiments de Kinu. Cette héroïne est dite têtue et à fort caractère dans les débuts, et pourtant, de nos yeux occidentaux, elle ne nous parait pas si farouche (sauf le passage où elle décide de s’enfuir). On y voit ici encore la différence de génération et de conception des moeurs, mais je pense que le fait que la vie de Kinu nous soit rapportée par une autre personne fausse les choses. Certes, cela donne de la distance, et certaines choses peuvent être plus facilement racontées (et beaucoup de passages rappellent la forme de l’interview), mais de cette manière, nous avons moins accès aux sentiments réelles de Kinu. J’ai trouvé ça dommage, mais le récit reste bien mené et passionnant. Un grand plus est apporté par les nombreuses photos qui rythment le récit, et nous ancre encore plus dans le concret.
  • J’ai trouvé ce livre intéressant dans la mesure où dans le monde moderne, les geishas sont trop facilement comparées à des prostituées et, bien que de la manière crue dont sont rapportés les faits il reste indéniable que les geishas ont des rapports sexuels, ce récit prend d’une certaine manière la défense de ce métier. Geisha signifie au départ « personne d’arts », et toutes les descriptions sur la rude éducation des geishas nous montre qu’il y a quand même un écart avec le monde des prostituées. Bien sûr, d’un point de vue strict, la frontière reste mince, mais Inoue montre bien qu’avec les nouveaux décrets, les geishas ne sont plus dans la nécessité de vendre leurs corps, et qu’au contraire, elles sont payées pour leur connaissance artistique. Etant petite, je chérissais le rêve de devenir geisha un jour (la perspective d’être une femme dans toutes les nuances de la politesse et d’humilité, de classe et d’excellence dans les arts m’attirais), j’ai toujours raffolé de livres racontant cette expérience. On peut bien sûr penser à « Geisha » d’Arthur Golden, génial avec tout le romantisme etc, mais je lui préfère « Mémoires d’une geisha » de Inoue qui est effectivement plus réaliste et qui retrace avec justesse une vie réelle de geisha (avec en prime toutes les colorations du temps!). J’ai entendu quelque part qu’il ne restait plus qu’une ou deux okiyas au Japon, concentré dans Kyoto, l’ancienne capitale, et bien que beaucoup de femmes paradent dans les rues, fardées et en kimono somptueux, ne vous y trompez pas, très peu d’entre elles sont de réelles geishas.
  • Bref, ce fut une excellente lecture (bouclée en deux jours pimentés de partiels de philosophie générale et de sociologie) et je tiens à remercier Bouille pour ce gentil livre voyageur qui aura eu le plaisir de respirer l’air surpolué parisien ;) yeaiy

Petits extraits :

Aussitôt commença une vie à deux avec Teru, une domestique d’un peu plus de cinquante ans, qu’elle avait trouvée par l’intermédiaire de sa soeur. Avant d’arriver dans cette maison, Teru travaillait comme bonne chez un commerçant qui devait être bien sévère pour exiger de son employée des manières aussi polies.

En effet, dès que Teru riait, elle mettait la main devant la bouche. Quand elle mangeait, elle ne faisait jamais de bruit, même pour un soba (nouilles de sarrasin). Pas le moindre petit bruit, aussi discret fût-il. Mais ce qui déconcertait le plus Kinu était sa façon de parler : elle ajoutait inévitablement un terme honorifique au début des mots.

Teru disait par exemple : « Comme il pleut ce matin, mon honorable maîtresse devrait prendre un honorable pousse-pousse sinon l’honorable froid va geler vos honorables pieds. »

[…] De même pour sa manière de marcher. En dépit de son poids, plus de soixante kilos, Teru arrivait derrière Kinu sans se faire remarquer. Elle semblait glisser doucement sur le sol, d’une démarche presque aérienne. Sa façon de monter avec discrétion l’escalier paraissait si curieuse que Kinu se demandait parfois à quoi pouvait bien jouer sa domestique. Un jour, elle lui fit part de son étonnement, lui demandant la raison d’un tel comportement.

« C’est parce que j’ai toujours eu peur de déranger, madame », expliqua Teru.

De ce jour, Kinu éprouva de l’affection pour Teru qui lui rappelait sa mère Mine […] (p.204)

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2 réflexions sur “Mémoires d’une geisha – Inoue Yuki

  1. Oh je suis contente que ça t’ait plu. Comme je te l’avais dit, il est très différent de Geisha d’Arthur Golden, et plus précis. Moi ce qui m’a toujours choqué chez les geishas, c’est le rite du mizu-age, enfin c’est juste affreux, elles sont jeunes, innocentes, effrayées, et elles doivent s’offrir pour la première fois à un vieux libidineux attiré par le dépucelage de petites filles. brr, ça fait froid dans le dos.

    ( Pour voir ma tête, c’est par ici http://b0uille.cowblog.fr )

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