Mineure – Yann Queffélec (2006)

Résumé :

Sibylle a treize ans moins deux mois. Elle joue au tennis, à des jumelles pour copines et a ses parents au seuil du divorce. D’ailleurs, elle ne s’entend pas avec son père, ni avec son petit ami. Elle danse aussi, elle fera très bien le petit cygne blanc plus tard, et surtout, elle aime Michel. Enfin, c’est ce qu’elle prétend.

Michel, lui a cinquante-cinq ans, bien trop marié à son goût avec sa femme Claire qu’il aime mais qu’il ne désire plus. Il a un heureux travail qui lui permet de voyager et de goûter des heures de jet lag qui cachent ses instants de débauche.

C’est le récit de l’homme face au désir, face à la tentation qui lui brûle les doigts, et les yeux. Et qui l’entraîne en enfer.

Mon avis :

  • C’est le second roman de Queffélec que je lis. La découverte s’était faite avec Les noces barbares, fulgurante et attachante. Et je ne peux pas cacher ma grande déception. Je m’attendais à quelque chose de plus brut, de plus concret, de plus palpable. Non pas que j’attendais des scènes crues, mais sinon un texte plus matériel. Voir autant de « poétique » ne m’aurait pas plus gênée si ça s’était déjà trouvé dans son roman précédent. Il y en avait, mais teinté de folie! Rien de tout ça ici : ça balance entre la chair et la raison, avec des passements de jambes fulgurants. Mais j’ai trouvé l’air trop aérien, trop abstrait, trop insaisissable. Je ne me suis attachée finalement à aucun des personnages (à peine si j’ai trouvé les jumelles adorables avec toutes les métaphores de grenouilles) : je pense que la non-longueur du roman y joue (142 pages en grosse typographie). Pas le temps de sentir le personnage de Sibylle : il n’y a que des faits, ou des allusions, mais on ne connait pas ses sentiments. Un amour, en plus qualifié de « depuis toujours » n’aurait-il donc pas pu transgresser la narration? Et Michel? C’est lui qui mène le dialogue avec nous, mais justement, le trop aérien vient de lui. Il penche, il coule, mais on ne sait jamais vraiment de quel côté. Vers la moitié du livre, on voit apparaître des lettres (écrites dans un cahier pour combattre la tentation) : mais est-ce vraiment crédible? A quoi sert ce changement d’écriture à Queffélec?
  • Certes, le livre est court, et il se lit très vite (1 heure). Peut-être que sa lecture prépare à l’univers de Nabokov pour Lolita, mais bon. Pour les bons points, on peut relever des phrases marrantes, des comparaisons inattendues et un franc parler par toujours désagréable. On peut aussi y pêcher le prétexte de réfléchir sur la responsabilité que doit garder « l’adulte » coûte que coûte malgré l’animalité perverse d’une jeune enfant. Pourquoi pourrait-elle se laisser aller à être humaine (donc pouvoir laisser parler toute son animalité), alors que l’adulte doit se forcer à s’approcher de l’ange de la rationalité? Mais sinon, je ne vois pas, ou n’ai pas voulu voir. Bref, lecture assez décevante, surtout si elle survient après Les noces barbares.. C’est dommage, je m’attendais vraiment à passer un bon moment.

Petits sourires

Me croirez-vous si je vous dis qu’à mon retour d’Australie j’avais oublié Sibylle? Il faut croire les gens qui mentent, de peur qu’ils ne fassent plus confiance à personne. Ils ne mentent pas, d’ailleurs, adeptes qu’ils sont d’une vérité supérieure aux mots qui les trahissent, eux-mêmes ne trahissent que des mots. (p.59)

 

C’est ainsi qu’après m’être perdu un moment, d’une venelle sans lumière à l’autre, titubant d’épuisement, prêt à m’endormir au milieu des chats qui balançaient au ras du sol leurs yeux luisants, j’ai failli buter sur une apparition au détour d’une voie pavée. Le choc. Comment dire ça? Je n’ai rien fait de moins que surprendre en train d’uriner le cygne le plus appétissant que la mythologie se soit permis d’enfanter. Nichée dans un écrin de plumes frissonnantes, les yeux fardés comme un totem, le front surmonté d’une aigrette en accroche-coeur et son slip de Blanche Neige aux chevilles, une jeune fille accroupie sur les pavés me regardait ou regardait vers moi, consternée, et par-devant ses blancs chaussons allaient s’élargissant une mare foncée. (p.72)

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