A la merveille (To the Wonder) – Terrence Malick (Ben Affleck, Olga Kurylenko, Rachel McAdams, Javier Bardem…)

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Mars 2013, 1h52 – Américain

SYNOPSIS : Neil et Marina s’aiment d’un amour passionnel et exclusif, jusqu’à ce qu’elle aille emménager aux Etats-Unis, Oklahoma, où leur relation se détériore. Elle confie ce qui la ravage au Père Quintana, personnage également expatrié. Mais Quitana est trop profondément affecté par son propre dédale de doute envers la foi pour aider actuellement Marina, qui décide de retourner vivre en France. Alors que pendant cette absence, Neil se console par la pureté de Jane qui est une amie d’enfance, il voit Marina revenir dans ses bras pour l’épouser, et un choix doit se faire.

IMPRESSION : Je ne sais pas si j’ai aimé ou non ce film. Je vous retranscrit ce que le magazine Variety a écrit au sujet de ce film à l’occasion de la Mostra de Venise 2012 :

Avec To the Wonder, Terrence Malick continue de prendre des risques, oscillant entre ridicule et ravissement (…) Ceux qui ne supportent pas les rêveries spirituelles de Malick feront l’impasse, mais malgré ses défauts, c’est une œuvre magnifique qui mérite de trouver un distributeur, une œuvre qui nous vient d’un réalisateur qui n’a pas perdu sa capacité à émouvoir et à surprendre.

C’est totalement ça. Le film nous parait long, dès les premières minutes. Pas de dialogues à proprement parlé, seulement des monologues intérieurs. Pour vous dire, je ne suis même pas sûre d’avoir entendu les noms des personnages dans le film (merci Allociné). On ricoche d’épisodes en épisodes, de personnages en personnages, des bribes comme capturées par la caméra, des angles de vues soudaines, de la nature (herbe, foin, mer, sable…) et puis Marina qui tourne et tourne et tourne dans sa robe volante… Pas d’histoire linéaire avec des évènements, des rebondissements, des suites logiques, des dialogues, des disputes. Non. Comme le dit Affleck dans une interview :

Ce film m’évoque davantage le souvenir, la réminiscence d’une vie qu’une histoire au sens où on l’entend d’ordinaire, comme une succession d’événements en temps réel dans l’existence des personnages. C’est un amalgame de moments impressionnistes ; le récit ricoche d’un moment à un autre dans la vie des personnages et les événements s’agencent d’une façon non linéaire – et cela reflète bien, je crois, la façon dont on se souvient des choses de sa vie. Cela a quelque chose d’hypnotique, d’étourdissant, c’est plus fluide que ne l’est la vie réelle.

Après ça, on se dit : bon. C’est vrai que vu comme ça, il a raison. Nos souvenirs ne sont pas linéaires non plus. On n’a pas forcément de repères de temps ou de lieu, mais des choses qui nous ont accrochées, une lumière particulière, une odeur, un son, un sourire.

TO THE WONDER

On peut dire tout ce que l’on veut de négatif sur ce film, mais il n’est pas nier que la direction photographique a été sublime. Les images, les angles, les couleurs, la lumière, les ombres, tout tout tout était parfaitement accordé.

Même si on peut ne rien comprendre, on peut se laisser pénétrer par la beauté des images, l’appréciation simple d’actes banaux (la fille qui tourne dans sa robe, une chamaillerie entre amoureux, une dispute imagée dans un bar).

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Rentrons maintenant dans le coeur du film. Que veut dire Malick par un film (encore une fois) assez énigmatique? Les films de Malick sont devenus malléables au sens où le spectateur peut se permettre de tirer ses propres interprétations, car Malick n’impose rien. Et il n’impose rien, même à ses acteurs : il est un des seuls réalisateurs qui ne commande pas de gestes précis ni de déroulement précis de la scène, seulement de rentrer vraiment dans son personnage et sonner vrai.

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Pour moi, ce film parlait de l’amour et de la foi, bien que la nature de ces sentiments peuvent être différente, sur la relation que l’on a avec elle. Que ce soit l’amour/foi de Quintana ou l’amour passionnel Neil/Marina ou l’amour qui a l’air plus solide et sain de Neil/Jane, c’est toujours la recherche du lieu où on se trouve dans cet amour, dans cette foi, dans cette attachement.

Il y a aussi le mélange de 6 langues différentes dans ce seul film. Cette internationalité est-elle explicitement voulu par Malick pour nous faire sentir que ces questions n’ont pas de frontières? Le film commence par du français, puis de l’anglais, et de l’espagnol avec Quitana, et de l’italien avec l’ami de Marina, un épisode avec une femme sourde-muette, et des petits moments où Marina parle surement ukrainien.

Je voudrais aussi vous parler d’Olga Rurylenko qui interprète le personnage de Marina.

Olga-Kurylenko

C’est une mère, une amoureuse, mais surtout une femme qui est assoiffée de liberté, liberté de mouvement, liberté de lieu, mais aussi liberté de conscience. Elle explique qu’elle s’était mariée très jeune à un homme se révélant être un coureur de jupons, mais qu’aux yeux de l’Eglise, elle restait tout de même sa femme. Et cette question du mariage, du divorce, de l’Eglise, de l’amour, des pêchés de concubinages sans mariages semblent être d’une importance capitale pour elle. On voit tout au long du film que Neil son compagnon a un travail très prenant et très sérieux, qui lui demande beaucoup de temps mais qui lui prend aussi beaucoup de joie. Elle passe de moments de pures joies à des moments de profondes tristesses, où elle va des rires aux larmes en un battement de cil. Elle doit se sentir un peu délaissée, seule, dans un pays qu’elle n’a pas choisi comme le sien. Sa fille sent ce même mal-être mais comme elle n’est pas rattachée à Neil par cette passion dévorante, elle peut plus facilement énoncer son souhait de rentrer en France, dans son pays, dans son quotidien, dans son monde. On sent Marina comme une fumée qui s’échappe. Elle n’est pas rattachée à la Terre, elle volète tout le temps, elle tourbillonne, elle roule, elle s’échappe. Mais elle ne réussit pas à s’échapper d’elle-même. Tout comme ce film ne comporte pas de début, on ne pouvait espérer de fin, mais on a peur pour le coeur de cette belle, qui est bien trop volatile, fragile, sensible.

Quoiqu’il en soit, pendant tout le film, je me suis dit qu’Olga ressemblait quand même fortement à Catherine Zeta Jones. A certains moments (la tête sur le côté, filmée par en dessous aussi), c’est vraiment une impression démangeante… Je vous ai concocté un petit mélange photo, car la preuve en image est toujours plus convaincante que l’avis d’une petite serveuse de restaurant ; )

Sans titre

Mais je me suis dit aussi qu’Olga avait le même sourire que Marion Cotillard (les deux petites photos sur les côtés) :

sourires

C’est très moche, et c’est fait à la va vite sur paint, mais au moins, c’est dit ;)

Par contre, pour Ben Affleck, je n’ai pas été emballée. Une scène m’a rappelé The company men, où là je l’aavais adoré, mais ici, je l’ai trouvé fade et jamais émotionnellement engagé. Rurylenko et McAdams sont toutes les deux vraiment très convaincantes en femmes amoureuses et transportées par la solidité de cet homme, mais Affleck me semble effacé. C’est pour vous dire : les premières minutes du film, j’avais oublié que c’était lui qui interprétait Neil, on ne voyait que le bas de son visage, quand le regard n’était pas cloué sur Marina si heureuse et si belle. Vers la fin seulement, j’ai commencé à le trouver crédible, quand on sent qu’il ne peut pas lutter contre le charme de Marina, et cette attraction folle qu’il sent irréfutable. Ce dépit, cet abandon à la folie, c’est le seul moment où on comprend Affleck. Il faut savoir que Christian Bale avait été le premier choix de Malick et que c’est seulement par son abandon que le rôle a été proposé à Affleck. Mais peut-être que Bale aurait eu trop de présence, et dans ce film je pense que la place était à la féminité, au transport, au charme.

Bref, pour certains, ce film sera du grand n’importe quoi certainement très ennuyeux, mais en faire une complète analyse philosophique serait très passionnant  ; ) Si vous avez aimé Tree of Life, alors peut-être, ce film est pour vous. Je pense, après la rédaction de cette article, que j’ai finalement plutôt assez aimé.

Je vous laisse avec quelques extraits que j’ai noté pendant la projection :)

Quel est cet amour qui nous aime et qui vient de nul part, de tout autour, du ciel. Toi, nuage, tu m’aimes aussi?

Le mari ne trouve pas sa femme merveilleuse, il la rend merveilleuse.

Je cries sous l’eau ce que je n’ose pas dire.

Où est-on, quand on est là?

On ne peut se tromper dans un rêve.

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