Les tendres plaintes – Yoko OGAWA

les tendres plaintes

Désolée les amis pour cette petite absence, j’ai profité de mes RTT dûment comme il se doit (les pieds en éventail, à rien faire, et siroter du jus de grenadine et faire des siestes à toute heure!).

Je reviens avec un super bouquin!

Rukiko est une tokyoïte qui, trompée par son mari depuis des années, prend enfin le courage de partir. Elle trouve refuge au coeur de la forêt, dans le chalet de son enfance. Elle va bientôt rencontrer ses voisins, Nitta, facteur de clavecin, et Kaoru, son assistante. Sans s’en rendre vraiment compte, elle va réussir à guérir de ses blessures, par l’attrait mystérieux qu’elle va éprouver pour Nitta. S’ensuit un trio particulier entre ses 3 éclopés de l’amour, tanguant entre amour et jalousie, amitié et envie.

OgawaYoko_credit_Masaaki_Toyoura

Les tendres plaintes a été écrit par Yoko Ogawa, publié en 2010 par les éditions Actes Sud. Ca fait déjà quelques temps que je me suis lancée le défi de me plonger un peu plus dans la littérature de mes origines, et en flânant dans la médiathèque de Chartres (vraiment super belle au passage), je me suis fait arrêter par la longue liste de livres de Yoko Ogawa, 6-7 livres qui n’attendaient que d’être choisis et dévorés!

Le choix était dur et surement que j’ai dû me faire influencer par mon histoire personnelle pour me faire finalement laisser tenter par celui-ci.

Ca a été une lecture « test », car même si les romans se différencient entre eux par le sujet, les péripéties et les personnages, je suis convaincue q’un auteur ne peut totalement se différencier de lui-même, et qu’au fil des lectures, on devrait pouvoir saisir l’essence de cette personne, son écriture, une continuité. Et puis, si après une première lecture, on a envie d’en lire un 2e, c’est pari gagné pour cet auteur!

Eh bien, Ogawa a gagné le pompon! J’ai adoré cette univers japonais, la plongée dans l’histoire par le regard d’une femme japonaise. La trame n’est pas des si innovantes (femme trompée, douleur, tristesse, jalousie), mais la réaction des personnages ne peut être décrit que par un japonais (par exemple la confrontation entre Ruriko et la maîtresse de son mari). Il y a une atmosphère spéciale qui s’en dégage, un truc serein, honnête mais pas crû, entourée de lumière, de nature, de musique, de vent. Comme presque tout se passe dans la campagne, près d’une forêt, avec un lac, l’ambiance est très verte, les scènes sont imprégnées du rythme de la nature et non par le rythme infernal d’une possible ville. D’ailleurs, les scènes qui se passent à Tokyo sont comme vite écrites, écourtées : on n’y lit que l’essentiel de ce qui doit être connu.

Plongée dans la baignoire, je levais les yeux vers l’eau qui rejaillissait sur la fenêtre. Derrière la vitre tout était noir. La pluie arrivait par vagues assourdissantes. La maison, le bois et le ciel menaçaient de se déchirer bruyamment. La salle de bain était d’autant plus calme qu’il y avait du bruit à l’extérieur. J’étais sans doute restée trop longtemps sans bouger, car mon bras droit tout engourdi me pesait. Récemment, la fatigue de mon travail ne disparaissait pas facilement. Le majeur de ma main droite qui tenait la plume était déformé par un durillon. Mon mari ne l’aimait pas. Il disait que cette boule dure donnait l’impression qu’elle allait se fendre d’un moment à l’autre et que des chenilles allaient en sortir.

C’est pourquoi devant lui je faisais en sorte de montrer mes mains le moins possible. Je ne portais ni bagues ni bracelets. Je ne me vernissais pas les ongles. Et c’est ainsi que progressivement, mon corps était devenu pour lui un objet sans signification. Pas seulement mon majeur, mais aussi les lobes de mes oreilles, mon cou, mon dos, mes seins.

Bientôt, l’orage a commencé à gronder, avec des éclairs successifs. Même sur la petite fenêtre embuée je voyais la lumière. Nue, j’avais l’impression d’avoir encore plus peur, et à l’instant où j’ai voulu me lever, il y a eu une panne d’électricité (p.20).

Lorsqu’elle (Kaoru) jouait juste sous mes yeux, j’avais l’impression que le son me parvenait d’un endroit extrêmement lointain. On aurait dit qu’il contenait la mémoire d’un temps illimité auquel personne n’avait touché. Le tranchant et la douceur, la magnificence et la grâce, la pureté et l’ombre, des impressions contradictoires jaillissaient ainsi en même temps pour se fondre aussitôt en une seule (p.32).

Le sentiment de vouloir lui venir en aide à n’importe quel prix m’était insupportable. Lui caresser le dos, entourer ses épaules de mon bras ou lui serrer la main, j’avais l’impression que la toucher pourrait peut-être réconforter son âme. Mais en réalité j’étais incapable de faire autre chose que de continuer à écouter en silence le chant du prophète (p.73).

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