Gatsby le magnifique – Baz Luhrmann (Leonardo Dicaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan, Elizabeth Debicki…)

gatsby

15 mai 2013, 2h22 – Américain

L’attente fut longue mais le plaisir intense de voir ce film tant attendu (assez contradictoire me direz-vous puisque il était sorti depuis des semaines et que ce n’est que moult semaines après que je passais le pas de la timidité pour aller le voir – mais voyez-vous je suis convaincue que plus on attend les choses et plus on a peur le moment venu. Le paradoxe du désir, le labyrinthe de l’attente..).

Fatiguée de mes semaines routinières balançant uniquement entre travail/sustentions/sommeil, j’ai décidé de privilégier les séances de cinéma et de les troquer contre des heures de sommeil : et bien je me sens mieux même si physiquement je suis toujours aussi fatiguée. Le moral requinqué par un bon film : rien de mieux pour un service bien accompli.

J’ai cru avoir fait une erreur en regardant la bande-annonce avant d’avoir lu le livre : effectivement, jusqu’au milieu du bouquin, l’image de Di Caprio m’a volé toutes les images personnelles que j’aurai pu avoir du héros Gatsby. Mais finalement, l’imagination est toujours la plus forte, Gatsby s’est brodé en moi au fil des pages. J’ai trouvé que ce film était un plus pour le livre car ce dernier donne plutôt une appréciation des caractères et l’avantage du film étant qu’il donne corps physique aux personnages, maintenant Gatsby se trouve complet et complété pour moi. De manière parfaite.

Pour celui qui a lu le livre avant d’avoir vu le film, je pense que ce fut un moment délicieux, un délice nouveau différent d’un délice surprenant ou amusant : un peu comme le sentiment d’un enfant qui ouvre un cadeau dont il connait déjà la contenance, de loin, sans précision. Il déballe, feuille par feuille, doucement, il déguste la re-découverte tactile et réelle de ce qu’il pensait déjà connaître. J’ai été une enfant gâtée pour le coup.

Je suppose que pour celui qui n’aurait lu que rapidement le synopsis en sera sorti un peu déçu, ou pas, s’attendant à voir le miracle FITZGERALD popper à l’écran ! En fait, le secret de sa magie se révèle de mots en mots, à chaque détour de l’histoire, par la construction de l’intrigue de manière pyramidale : on pose les personnages secondaires, les lieux, l’ambiance, et on fait apparaître le héros éponyme avec suspens, et c’est presque irritant de découvrir Gatsby si tard, et pour le peu qu’on nous en montre, déception. Mais les évènements s’enchaînent, la course continue et on s’en avance sur sa chaise d’impatience, d’envie, de curiosité. Après avoir autant aimé le livre, je ne pouvais que voir ce film. Mais je suis décue de ne pouvoir expérimenter ce film de manière vierge et innocente. Je ne saurai jamais si j’aurai aimé ce film sans sa lecture au préalable.

L’histoire en 3 mots (même si le synopsis se trouve déjà dans mon article précédent sur le roman) : Gatsby, jeune homme riche et mystérieux, son voisin Nick qui devient son ami, sa cousine Daisy habitant pile sur l’île d’en face qui dévoile son passé, Tom son mari qui fait confiance au destin (en le forçant un peu plus pour qu’il aille de son côté). On mélange, et ça donne une histoire géniale.

Maintenant, passons au décryptage du film – section à passer pour les curieux qui n’ont pas encore vu le film et qui détestent les spoil ;)

Comme dans le livre, le réalisateur a fait le choix de donner un avant-goût de la morale du film : Il faut savoir réserver son jugement, et tâcher de voir le meilleur dans les gens qui nous entourent, sous peine de ne jamais connaître personne, laisser la vie nous montrer ce que sont vraiment les gens. Il y a la même construction d’intrigue. On part de Nick, de son enfance, puis on parle de New York, de l’effervescence de la ville à cette époque, et on en arrive à East Egg et West Egg, et Daisy et Jordan, Tom, puis Mirtle, enfin Gatsy, et la fin.

Je ne me souviens plus s’il est aussi suggérer dans le livre que cette histoire est écrite en fait par Nick, comme une sorte de guérison pour cet écrivain en perte. Mais c’est ce qui explique la création du personnage du docteur/psychologue de Nick, lui conseillant d’écrire, n’importe quoi, des souvenirs ou des lieux. Ce qui donnera ce livre.

J’ai trouvé bonne l’idée d’intégrer de vraies images de New York des années 20, montrant l’hystérie, la foule humaine s’y agitant tous les jours.

nick

Tobey Maguire en Nick était plutôt un bon choix, de grands yeux qui en demande toujours encore, et un sourire gentil. Quelques scènes me le rappelaient en Spiderman, mais je pense que cela le suivra toute sa vie, malheureusement ! Dans le cas de Nick, je ne m’étais jamais essayé à l’imaginer et à le voir physiquement, et je pense que c’est fortement dû au fait que tout se passe à travers ses yeux, et il est notre représentation. Il est le trou de la serrure, et Gatsby et Daisy est le paysage qu’on découvre derrière la porte (pardon Tobey, tu es bien meilleur qu’un trou de serrure..). C’est d’ailleurs fou comme on l’utilise comme témoin, certes, voyeur mais jugé fiable de confiance et qui ne se permettrait pas juger : Tom le convie à rencontrer de force sa maîtresse Mirtle, Gatsby l’invite à une de ses somptueuses fêtes, Gatsby et Daisy le force à constater leur affinité. Nick est le confident de tous les personnages et ses secrets nous sont retransmis sans aucune once de jugement.

tom

On découvre Tom, fort physiquement, contrairement à Nick qui est plutôt du genre frêle mais intellectuel. Ce qui est drôle dans ce personnage, c’est qu’il parait (et en fait il l’est) grossier, simple, un peu bête, un homme vivant dans l’action et non dans la cogitation. Il ne perd pas son temps en imagination ou dans la frustration de désirer quelque chose de loin. Il veut quelque chose, il tend le bras, il veut boire qu’il a déjà son rhum dans la bouche. Il ne pense pas au mal qu’il fait à Daisy avec ses multiples adultères, il les consomme parce qu’il en a envie, il aime Daisy aussi parce qu’il en a envie. Pour moi, Tom représente bien l’animalité en l’homme, et sa bassesse en plus (quand il profite de la situation pour susciter la folie vengeresse de Wilson après le meurtre de Mirtle sa femme). La philosophie du type se résume à ça : quand on est bon, « on domine la vie ». Jusqu’aux dernières minutes du film on se dit « tiens, prends ça dans ta philosophie, ça t’apprendra », puisque celui qui se veut dominer la vie se fait finalement largement dominer par elle – il perd sa maîtresse et sa femme est à deux doigts de le quitter pour son premier amour. Mais en fait, en tout fin, on se rend compte qu’il a gagné une expérience de vie, sa femme de nouveau lui appartenant, et même une nouvelle vie – peut-être pas plus heureuse mais une nouvelle chance tout de même de ne pas foutre sa vie en l’air. Alors que Gatsby, si absurde au début, si menteur et si louche, se révèle être en fait grand de cœur, ou stupide aussi, mais il n’en n’est pas récompensé. Gatsby, Gatsby…

Plusieurs scènes à la lecture du film réclamaient des scènes hautes en couleurs, et bien que certaines ont trompées mon espérance, d’autres se sont montrées à la hauteur. Et premièrement, la scène chez Daisy et Tom du dîner entre eux et Jordan et Nick, avec le cinquième invité non physique mais d’autant plus étouffant de sa présence est remarquable. Ce n’est parfois plus du cinéma dans Gatsby, c’est du théâtrale. On sent l’irritation de Tom, la tristesse de Daisy, la gêne de Jordan et l’ignorance de Nick. Et la caméra qui intègre si bien ce téléphone bavard. Génial.

Ce travail rattrape la scène ratée selon moi de la première rencontre entre le spectateur et Daisy/Jordan. Alors que dans le livre on les sent écrasées de chaleur, Daisy aérienne et Jordan équilibriste, dans une position originale, là, pour représenter l’aérien, on fait voler des rideaux et on les retrouve fraiches et fond de teint parfait. Jordan est seulement grande de taille mais d’équilibriste elle n’en a que le nez long et fuyant.

jordan

Je trouvais que cette Jordan avait un visage ennuyant, mais au cours des scènes, je l’ai trouvé de plus en plus sympathique et convaincante (avec un mini air de Zoey Deschanel)…

L’idée principale du film tourne principalement autour de deux questions :

–          Faut-il vivre heureux mais idiot, ou faut-il mourir en essayant de tout faire pour attraper la vérité sa vérité de vie, au risque de ne jamais l’atteindre ?

–          Peut-on rattraper le passé ? Ou devons-nous avancer sans jamais regarder en arrière ? Ou plutôt, comment allier futur et passé, quand sa vie prend des chemins complètement différents ?

Plusieurs passages du film font ressurgir ses questions, par exemple la scène où Daisy parle de sa fille avec Nick (dans le livre, la petite vient leur dire bonjour) : « I hop she will be a fool, a pretty little fool », nous dit Daisy. Effectivement, Daisy aurait été mille fois plus heureuse si elle avait su vivre les choses et les oublier, oublier les promesses et les sentiments. On revient à la question que se posait Rousseau de savoir si l’on était plus heureux en étant bête ou en étant intelligent.

carey-mulligan-somptueuse

Daisy nous parait frivole dès le début, avec des envies changeantes, très spontanée (dont peu réfléchie pense-t-on), mais à la moitié du film, on découvre alors son passé, et on se l’imagine se mortifiant de regret mais n’ayant pas la force de réparer ses erreurs. Comme si la Daisy vivante avait été éteinte par le poids du passé, et qui s’efforce de ne pas mourir sans pour autant vivre. C’est bien la décision qu’elle prend en ne quittant pas Tom, et reniant son passé après avoir tangué un instant.

Si l’on passe à l’observation des personnages secondaires, on peut dire que j’y ai trouvé un bon Wilson, bien sale, bien lécheur-de-botte, garagiste et bête comme ses pieds. Pleins d’émotions sans intelligence.

mirtle

Pour ce qui est de sa femme, Mirtle, je la croyais plus âgée, plus empâtée, et beaucoup moins jolie que ce qu’on m’a donné. C’est sûr que pour ce qui est du raffinement, elle en manque totalement, et la scène de fête à l’appartement de Mirtle le montre : débauche sexuelle et flots d’alcool/drogue. Le maquillage, les tenues, la disposition des personnages, Nick qui essaie de partir mais qui se fait rattraper, le jour qui tombe dehors, les mouvements circulaires, tout m’a fait penser au théâtre.

Cette œuvre tourne aussi également autour du destin, et la figure de Dieu dans le panneau du monsieur à lunette remet à sa place le dieu chrétien à notre époque : il campe celui qui est oublié mais qui est toujours là, subtilement toujours présent à chaque événement. Il apparaît plusieurs fois, comme un rappel à l’ordre, que ce soit dans le livre ou dans le film, et on ne peut s’empêcher de penser que c’est lui met en ordre l’enchaînement de la fin (mort de Mirtle, colère de Wilson, mot en trop de Tom, le départ trop tôt de Nick, la piscine, Gatsby).

BREF – j’aurai encore pleins de choses à vous raconter et à analyser avec vous, mais vous avez dû vous endormir déjà depuis 10 min :)

En clair, si vous avez lu le livre, je pense que vous ne serez pas déçu.

9/10

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