La vie d’Adèle – chapitres 1 et 2 – Abdellatif Kechiche (Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux…)

La vie d'Adèle - affiche

9 octobre 2013, 2h59 – français

Ce film est une libre adaptation, ou plutôt une libre lecture de la bande dessinée « Le bleu est une couleur chaude », de Julie Maroh, publiée en 2010. D’ailleurs, Kechiche avait d’abord pensé reprendre le même titre pour son film, mais a finalement opté pour « La vie d’Adèle » pour mettre une plus grand lumière sur son actrice principale (en changeant donc le nom du personnage principal de la BD qui s’appelle Clémentine – Adèle étant plus « aérien »).

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Par ce changement, on peut déplier tout le film. Et ça, c’est fort.

L’HISTOIRE : Adèle est une jeune adolescente de 15 ans, qui va au lycée, qui étudie Marivaux, et qui a du mal avec la philosophie. La vie de lycéenne est faite de cigarette, de sortie et de drague. Mais toute cette « normalité » va basculer le jour où son chemin va croiser celui de Emma, la fille aux cheveux bleus. A partir de ce moment, sa vie va connaître la puissance du désir, le questionnement sur soi, la lourdeur du regard des autres. Adèle grandit.

MES IMPRESSIONS : Décryptons l’affiche et le titre. « La vie d’Adèle – chapitres 1 et 2 » nous fait comprendre qu’Adèle sera le personnage principal (d’où la nécessité pour Kechiche de changer sa première affiche où le film semble se fonder sur Emma et non Adèle, et la nécessité également de changer le titre, puisque la couleur bleue se rapporte surtout à Emma, encore). En voyant le partage de l’affiche par 2 actrices, j’ai d’abord pensé que les chapitres se séparaient entre Adèle et Emma (chapitre 1 Adèle, chapitre 2 Emma), mais en fait, on se rend vite compte que même s’il y a une vie d’avant Emma et d’après Emma, ce film ne voit qu’Adèle. Ces chapitres sont donc en fait tournées vers l’évolution de l’héroïne. Chronologique quoi.

Puis, la bande-annonce : ok, ça va parler d’amour, de relation lesbienne, de famille, de mensonge, de dualité de mondes (enfants/adultes, théorique/artistique, amour/désir)…

Et ensuite, on allume sa TV et on entend que ce film fait une énorme polémique autour de la manière de tourner de Kechiche. Adèle le définit comme étant un réalisateur torturé, au talent irréductible, mais avec la souffrance qui va avec. En voyant que le film qu’il a réalisé juste avant était « La vénus noire », un film sur l’exhibition physique d’une femme noire, on peut sentir le côté torturé. Cet homme a à débattre avec la sexualité, avec la femme.

Alors, on se prépare aux scènes sexuelles très crues, et on y va avec curiosité.

Et on adore.

Avec le langage très lycéen d’Adèle, cette atmosphère si réaliste d’adolescents nous invite dans quelque chose de réelle, de palpable. On n’est plus dans du fictionnel, dans une histoire inventée. On est dans n’importe quel lycée, on redevient lycéen.

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La fusion entre les 2 actrices, on en vient à se demander si Adèle et Léa jouent.

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Les images sont vraiment belles : l’esthétisme de Kechiche est perfectionniste.

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Les gros plans sur les regards, les bouches entrouvertes, les peaux, puis les arbres, la sensibilité des saisons, tout va avec le thème artistique développé par le personnage de Emma (même si quand même sa teinture est vraiment pas jolie).

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Côté sexuel, c’est vrai que les scènes sont vraiment crues. Rien n’est caché, et tous ceux qui se demandent comment ça se passe entre filles ressortent avec satisfaction. Après, la France étant un pays qui essaye de détruire le tabou du sexe, et après le tourbillon sur l’homosexualité, on peut dire que la sortie de ce film est un bon test, une thermomètre de notre pruderie quoi!

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Adèle Exarchopoulos parle de ce film comme un film essentiellement sur l’amour, et que on oublie au cours du film que c’est deux femmes. Bien non Adèle. N’oublions pas tout le combat de l’héroïne face aux regards extérieurs : la fight au lycée, les mensonges aux parents, le silence aux collègues. Non, cet amour, c’est un amour entre deux femmes, avec tout ce qu’il comporte de souffrance et de poids. Mais effectivement, on retrouve la jalousie, l’infidélité, la rupture douloureuse. Mais parce que c’est deux femmes, peut-être que les choses sont encore plus enchevêtrées. Les scènes sexuelles étaient un peu gênantes au début, mais la dimension esthétique nous sauve de la pornographie. Il y a de la dance, il y a la beauté des corps.

Les actrices : formidables. Adèle Exarchopoulos n’est plus à découvrir, elle tenait déjà le rôle principal dans « Des morceaux de moi » (gé-nial), et on l’a entrevue dans « La rafle », toujours entre séduction et enfance, mais toujours avec une forte résonance de vérité. On a l’impression qu’elle se donne tel qu’elle est vraiment dans la vie. Son sourire soudain, c’est une joie qui se partage. C’est vraiment une figure particulière, un bon brin de nana qui va péter le cinéma français. Sa bouche particulière est d’ailleurs ce qui a décider Kechiche, puisqu’il explique qu’il l’a choisi par sa manière de manger une tarte au citron!

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En parlant de bouche et de dentition, celles de Léa Seydoux sont tout autant particulière. Les dents du bonheur et une lèvre subtilement pulpeuse. Ce film, c’est aussi une histoire de bouche (beaucoup de scènes où on mange, où on rit, où on zoom sur les lèvres). Il y a de la tristesse sourde dans cette Emma, qui aime, mais qui est artiste. Je trouve que son regard retentit de quelque chose de triste. D’ailleurs, c’est drôle de se dire que « Le bleu est une couleur chaude » intègre une nana aux yeux bleus, yeux bleus qui sont souvent désignés comme des yeux froids. Léa, on la retrouve dans « Belle épine », une histoire d’adolescente, puis dans « La belle personne », encore de la tristesse, et dans « Robin des bois » (de Ridley Scott), entièrement sensuelle.

L’ayant croisé plusieurs fois, elle emmène quelque chose de froid avec elle, son regard, son comportement (un peu comme Catherine Deneuve), mais il y a aussi autre chose d’indéfinissable qui donne envie de gratter cette surface. Et ce rôle lui va à merveille : Emma est quelqu’un de mystérieux, de séducteur et artiste, mais qui garde hautes ses barrières. Et la voir pleurer à la fin révèle son humanité.

BREF, ce film était un brin longuouillet, mais j’ai vraiment été aspiré par cette histoire d’amour passionnel sur fond de bande originale vraiment chouette (avec la surprise de voir à l’écran une camarade de cours – Lucie Vidal – bon courage pour ta thèse!)

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9/10

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