1984 – George ORWELL

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Orwell est un écrivain et un journaliste britannique né aux Indes. Il est notamment l’auteur de La ferme des animaux, et 1984 est son dernier roman, son oeuvre la plus connue.

Ce roman est celui qui caractérise le plus le genre du roman d’anticipation (le genre de roman qui part de la tradition de voyages imaginaires, comme avec Jules Verne et qui va jusqu’à l’utopie) ou celui de la dystopie (la contre-utopie : peint une société imaginaire qui irait contre le bonheur de l’homme – EX : Le meilleur des mondes de Huxley, ou Hunger games de Suzanne Collins, ou encore Fahrenheit 451 de Ray Bradbury). Donc dans le genre pessimiste et glauque, vous êtes en plein dedans.

A mes yeux, la force de 1984, est qu’il est très réaliste. Outre le fait que l’auteur s’inspire de sa réalité d’un Londres d’après-guerre, avec ses tickets de rationnement et ses bâtiments en ruine à cause des bombes allemandes, Orwell se fonde sur les caractéristiques négatives de l’humain pour construire ce roman (la peur, le déni, la bêtise…). Il fait flipper. Et c’est bien là son but : avertir les hommes du danger que court l’humanité à aller chercher la domination, le danger de l’ignorance de la politique, le danger surtout de la noirceur de l’humain qui chercher à tout contrôler.

L’INTRIGUE : 1984. Le monde se divise en trois continents : L’eurasia, l’Estasia et l’Océania dont Londres fait parti. Le parti communiste s’étend au monde entier, et la société se divise entre les gens du parti et les prolétaires (les petits gens quoi). Le secret de ce parti politique tout puissant? Big Brother.

Big Brother est ce qui existe, mais qui n’existe pas en même temps. Il s’insinue partout et tout le temps. Il est au courant de tout. Les gens sont formatés à penser comme la société leur impose de penser. Et tous ceux qui se rebellent sont exterminés.

Winston Smith est un membre du parti extérieur, il travaille au ministère de la vérité : tous les jours, il se démène pour rattraper toutes archives matérielles (articles de journaux, photos, historiques), et transformer le passé pour qu’il n’ait jamais eu lieu autrement que Big Brother le commande.

MES IMPRESSIONS : Je trouve que la couleur choisie par Folio pour la couverture va exactement avec le ton du roman. Tout est terne, en même temps que la saleté des prolétaires. C’est un monde où il n’y a plus de spontanéité. Il est peuplé d’humains-robots. Et surtout il n’y a aucune promesse de changement : aucun espoir.

Le personnage de Smith est le narrateur de toute l’histoire. Smith est un nom tellement commun, qu’il pourrait représenter le genre humain à lui tout seul. SAUF QUE ici, c’est plutôt l’inverse! Il est l’un des rares à se rendre compte qu’il y a une manipulation quelque part.

Sa révolution commence par son inconscience. Ses rêves le poussent à tenir un journal intime. Alors sa pensée subversive prend clairement naissance. Suit sa rébellion par le comportement.

Puis, un peu d’amour, en tout cas de sexe, puis c’est la débandade. Entre les deux, il y a le passage chiant de la lecture sur le livre de Goldstein (Théorie et pratique du collectivisme oligarchique), où on apprend comment cette société a pu se mettre en place.

Comme je suis pas du tout calée en politique, je n’ai peut-être pas eu tous les outils pour bien comprendre ce bouquin, mais pour le peu que j’en ai compris, ça m’a bien fait peur. Cette fiction sur un état qui contrôle jusqu’à la moindre respiration son peuple, l’évincement de la vie privée, tout est tellement détaillé. Et puis surtout, tout semble pouvoir vraiment arriver un jour. C’était intéressant que l’auteur soit allé jusqu’au bout de ses définitions (par exemple la définition de la double-pensée : écraser par le formalisme une pensée naturelle et logique qui irait dans le sens contraire à la société).

Le regret que j’ai, est que j’ai lu ce livre sur une trop longue période, donc ce que je pense est un peu diffus, mais la seconde moitié du livre, je l’ai avalé cul sec.

Je vous laisse avec des petits extraits.

Big brother

Il prit dans sa poche une pièce de vingt-cinq cents. Là aussi, en lettres minuscules et distinctes, les mêmes slogans étaient gravés. Sur l’autre face de la pièce, il y avait la tête de Big Brother dont les yeux, même là, vous poursuivaient. Sur les pièces de monnaie, sur les timbres, sur les livres, sur les bannières, sur les affiches, sur les paquets de cigarettes, partout! Toujours ces yeux qui vous observaient, cette voix qui vous enveloppait. Dans le sommeil ou dans la veille, au travail ou à table, au-dedans ou au-dehors, au bain ou au lit, pas d’évasion. Vous ne possédiez rien, en dehors des quelques centimètres cubes de votre crâne (p.44).

Cet extrait rappelle l’histoire qui fait rare en ce moment avec les services secrets américains qui espionneraient le monde entier à son insu.

Winston se demanda de nouveau pour qui il écrivait son journal. Pour l’avenir? Pour le passé? Pour un âge qui pourrait n’être qu’imaginaire? Il avait devant lui la perspective, non de la mort, mais de l’anéantissement. Son journal serait réduit en cendres et lui-même en vapeur. Seule, la Police de la Pensée lirait ce qu’il aurait écrit avant de l’effacer de l’existence et de la mémoire. Comment pourrait-on faire appel au futur alors que pas une trace, pas même un mot anonyme griffonné sur un bout de papier ne pourrait matériellement survivre? (p.44) […] Que le Parti puisse étendre le bras vers le passé et dire d’un événement : cela ne fut jamais, c’était bien plus terrifiant que la simple torture ou la mort (p.54) […] Il faut toujours hurler avec les loups, voilà ce que je pense. C’est la seule manière d’être en sécurité (p. 175).

J’y vois là la réflexion qui peut surgir chez tous les écrivains, les journalistes, les historiens, les penseurs. Sans mémoire et sans objets matériels du passé, rien ne subsiste. Ça ne disparaît pas : encore pire, ça n’aura jamais existé. On se dit que Orwell a trouvé le bon moyen de couvrir son message fort entre les pages d’un roman, où ses inquiétudes sont dites au travers d’un personnage fictif. C’est aussi un avertissement pour les fortes têtes et les langues trop déliées : attention, si vous y allez trop fort, la politique pourra vous faire taire, en détruisant votre oeuvre, ou en vous faisant dire le contraire de ce que vous vouliez dire.

S’il y a un espoir, écrivait Winston, il réside chez les prolétaires. S’il y avait un espoir, il devait en effet se trouver chez les prolétaires car là seulement, dans ces fourmillantes masses dédaignées, quatre-vingt-cinq pour cent de la population de L’Océania, pourrait naître la force qui détruirait le Parti (p.103).

Il y a là, infimement, l’espoir de susciter un sentiment de peur et de courage chez la masse, qui pour l’instant se laisse endormir par la politique. Une révolution n’attend pas un génie, ou un sur-homme, mais uniquement un homme courageux et qui prend conscience du moment critique.

  Contrairement à Winston [Julia] avait saisi le sens caché du puritanisme du Parti. Ce n’était pas seulement parce que l’instinct sexuel se créait un monde à lui hors du contrôle du Parti, qu’il devait, si possible être détruit. Ce qui était le plus important, c’est que la privation sexuelle entraînait l’hystérie, laquelle était désirable, car on pouvait la transformer en fièvre guerrière et en dévotion pour les dirigeants. Quand on fait l’amour, on brûle son énergie. Après, on se sent heureux et on se moque du reste (p.190)

Ça annonce clairement la révolution sexuelle qui éclatera en 1960! Et en même temps, on sent que Orwell a lu un peu de Freud, et sa théorie de la sublimation (théorie qui dit que l’instinct sexuel est une force qui peut se convertir, et que les fantasmes, dont instinct sexuel non utilisé, sont le moteur pour un développement du travail, de l’art, de la découverte).

L’arrêtducrime, c’est la faculté de s’arrêter net, comme par instinct, au seuil d’une pensée dangereuse. Il inclut le pouvoir de ne pas saisir les analogies, de ne pas percevoir les erreurs de logique, de ne pas comprendre les arguments les plus simples, s’ils sont contre l’Angsoc (c’est le nom du Parti). Il comprend aussi le pouvoir d’éprouver de l’ennui ou du dégoût pour toute suite d’idées capable de mener dans une direction hérétique. Arrêtducrime, en résumé, signifie stupidité protectrice (p.301).

Voici l’exhortation de l’auteur à aiguiser sa curiosité, à creuser toute idée qui n’irait pas de soi, et même d’analyser les idées qui semblent aller de soi. A ne pas s’arrêter par flemme ou par peur. JEUNESSE, PENSE!

– N’imaginez pas que vous vous sauverez, Winston, quelque complètement que vous vous rendiez à nous. Aucun de ceux qui se sont égarés une fois n’a été épargné. Même si nous voulions vous laisser vivre jusqu’au terme naturel de votre vie, vous ne nous échapperiez encore jamais. Ce qui vous arrive ici vous marquera pour toujours. Comprenez-le d’avance. Nous allons vous écraser jusqu’au point où il n’y a pas de retour. Vous ne guérirez jamais de ce qui vous arrivera, dussiez-vous vivre un millier d’années. Jamais plus vous ne serez capable de sentiments humains ordinaires. Tout sera mort en vous. Vous ne serez plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage, d’intégrité. Vous serez creux. Nous allons vous pressez jusqu’à ce que vous soyez vide puis nous vous remplirons de nous-mêmes (p.362).

Ce passage est assez brutal, mais il dénote de la puissance de la société à nous lobotomiser, et faire de nous des pantins. Des moutons bêtes. Est-ce une critique du capitalisme? En tout cas, par exemple, la dernière phrase se vérifie dans le domaine de la consommation. Nous achetons à foison, bien plus que nécessaire, tout simplement parce que la société a créé en nous un sentiment de manque, une demande de quelque chose de toujours plus neuf, toujours plus pratique.

– Ne pouvez-vous comprendre que la mort de l’individu n’est pas la mort? Le Parti est immortel.

– Je ne sais pas. Cela m’est égal. D’une façon ou d’une autre vous échouerez. La vie vous vaincra.

– Nous commandons à la vie, Winston. A tous ses niveaux. Vous vous imaginez qu’il y a quelque chose qui s’appelle la nature humaine qui sera outragé par ce que nous faisons et se retournera contre nous. Mais nous créons la nature humaine. L’homme est infiniment malléable. Peut-être revenez-vous à votre ancienne idée que les prolétaires ou les esclaves se soulèveront et nous renverseront? Ôtez-vous cela de l’esprit. Ils sont aussi impuissants que des animaux […].

– Cela m’est égal. A la fin, ils vous battront. Tôt ou tard, ils verront ce que vous êtes et vous déchireront.

– Voyez-vous un signe de ce destin, ou une raison pour qu’il se réalise?

– Non. Je le crois. Je sais que vous tomberez. Il y a quelque chose dans l’univers, je ne sais quoi, un esprit, un principe, que vous n’abattrez jamais.

– Croyez-vous en Dieu, Winston?

– Non.

– Alors qu’est-ce que ce principe qui nous vaincra?

-Je ne sais. L’esprit de l’homme.

– Et vous considérez-vous comme un homme?

– Oui.

– Si vous êtes un homme, Winston, vous êtes le dernier. Votre espèce est détruite (p.380)

Je finis ma petite analyse par ce passage qui parait paradoxalement positif et négatif à la fois. L’entêtement, le courage de se dresser contre l’injustice et contre ce pouvoir qui semble total est peut-être ce que Orwell pointe du doigt lorsqu’il parle de l’esprit de l’homme. Plutôt que ces connaissances, c’est cette conviction d’humanité qui pourrait nous reconnecter à nos sources. Une conscience plus sensible à autrui, aux sentiments humains.

Il n’aurait pas pu faire finir son roman autrement, pour un message plein d’impact. Mais je suis persuadée que l’auteur a truffé son livre de solutions, d’espoir en ses lecteurs.

Je suppose que seuls les plus littéraires d’entre vous auront lu cet long long article, et j’espère que je ne vous ai pas trop ennuyé!

A l’occasion, si vous lisez ce roman, ou si vous l’avez déjà lu, et que vous aimez ou non, laissez moi vos avis dans un commentaire?

En plus, avec le froid qui commence clairement à s’annoncer, le temps de bouquiner au chaud, un chat sur les genoux et une tasse de thé fumante vient à grand pas!

A bientôt et bonne lecture!

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